C’est en France qu’elle est particulièrement mal-aimée mais elle l’est en fait dans toute l’Europe comme aux Etats-Unis. En France, à cause de Mai-68, la génération des baby-boomers est tout à la fois accusée d’avoir trahi sa révolution et d’avoir fait entrer le pays dans la décadence en y ruinant l’autorité des parents et des enseignants.

En France, 68 est aussi devenu une circonstance aggravante mais, spécificité française mise à part, le procès fait à la génération d’après guerre est si général en Occident qu’un des éditorialistes vedettes du Financial Times, Philip Stephens, s’exclamait hier : « Assez ! Les baby-boomers ne sont pas la bonne cible ». Ils ne le sont pas en effet car que leur reproche-t-on ?

En une phrase, d’avoir bénéficié de tout et de n’avoir rien laissé à la jeunesse d’aujourd’hui. Ils auraient grandi dans l’opulence des Trente Glorieuses, auraient profité de l’apogée d’une protection sociale dont ils auraient vidé les caisses, n’auraient jamais connu le chômage, auraient creusé et laissé une dette publique qu’ils n’auront pas à rembourser et bénéficieraient, surtout, de grasses et précoces retraites payées par de nouvelles générations qui ne pourront pas y prétendre. En un mot comme en cent, les baby-boomers seraient d’égoïstes prédateurs dont viendraient tous les maux présents et futurs.

La cause paraît entendue mais les faits sont différents. Cette génération a certes grandi dans une période de croissance qui avait fait croire que le progrès social serait éternel mais cette période était tout sauf riche. Les salles de bain, les téléviseurs et le téléphone – fixe, bien sûr – étaient alors une rareté. Les toilettes étaient plus souvent sur le palier que dans les appartements et la protection sociale ne s’étendait qu’à raison de batailles sociales qui ont, partout, culminé à la fin des années 60.

Sans même parler de leur invraisemblable archaïsme, le miel ne coulait pas à flots dans les sociétés occidentales d’après guerre et, quant vinrent le premier choc pétrolier et la fin de la reconstruction au milieu des années soixante-dix, c’est cette même génération d’après guerre qui a connu la première montée du chômage, les premières délocalisations et le chômage des vieux.

L’endettement alors ? Il s’est emballé en des temps où les baby-boomers n’étaient plus seuls à voter. Quant aux retraites, il faut être bien ignorant des réalités pour imaginer qu’elles seraient généreuses pour toute cette génération qui a, bien sûr, ses riches et ses pauvres et vivra, en tout état de cause, moins longtemps que ses enfants. Rien n’est plus faux, illusoire et pernicieux que cette idée si répandue de l’inégalité des générations qui fait commodément oublier l’inégalité fondamentale qu’est l’inégalité tout court.

Il ne faut pas se tromper de cible. Le scandale d’aujourd’hui n’est pas l’égoïsme dont on accuse à tort les baby-boomers. Il est qu’on en soit venu à considérer l’inégalité sociale comme allant de soi et que l’impôt ait été tellement diabolisé par l’ère libérale que les Etats n’ont plus les moyens d’assurer l’égalité des chances et la redistribution des richesses par la protection sociale, l’école, les services publics et les infrastructures.

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