Les dirigeants européens n’en espéraient pas tant. Non seulement l’accord de sous-traitance des réfugiés syriens qu’ils ont passé il y a huit jours avec la Turquie a eu des résultats mais ils ont été immédiats et spectaculaires.

Alors qu’il y a dix jours encore, les demandeurs d’asile étaient plusieurs milliers à franchir, quotidiennement, la mer Egée sur des coquilles de noix pour arriver sur les îles grecques, en territoire européen, ils ne se comptent maintenant plus que par dizaines.

Il n’y en a pas eu un seul mercredi, 161 jeudi, seulement 78 vendredi, tandis que sur la côte turque, aux alentours d’Izmir, les passeurs déambulent aujourd’hui désœuvrés sans cacher qu’ils ne trouvent plus de malheureux auxquels extorquer 1000 dollars et plus par tête pour les conduire vers l’Europe.

On verra dans les semaines à venir si cette évolution se confirme. Ce n’est pas joué mais, pour l’heure, la triple dissuasion mise en place par les 28 ou certains d’entre eux fonctionne à plein.

Les réfugiés savent maintenant qu’en vertu de l’accord passé avec la Turquie, tous leurs bateaux repérés par les bâtiments de l’Otan croisant en Mer Egée sont immédiatement ramenés à leur point de départ par la marine turque. S’ils arrivent, pourtant, à atteindre les îles grecques, ils sont renvoyés en Turquie et, s’ils parviennent, malgré tout, à rejoindre le continent, ils ne peuvent pas sortir de Grèce car, Macédoine en tête, les pays d’Europe centrale, membres ou non de l’Union, leur ont fermée la route des Balkans en fermant leurs frontières.

Alors, oui, il y a tout lieu de se réjouir de ce que ces mesures empêchent des noyades, quotidiennes ou presque, d’hommes, de femmes et d’enfants entassés par les passeurs sur des canots surchargés que la moindre vague renversait.

Des vies sont sauvées. On ne peut que s’en féliciter et l’autre bon côté du tarissement de ce flot est que l’Union européenne surmonte, grâce à la Turquie, un grave sujet de dissension entre l’Allemagne, favorable à l’accueil des réfugiés, et les 27 autres pays de l’Union qui y étaient tous hostiles, qu’ils l’aient dit ou non.

Non seulement chacun des 28 n’en faisait plus qu’à sa tête dans cette affaire mais les tensions qu’elle provoquait entre Européens mettaient l’Union au bord d’une vraie cassure au moment même où la Grande-Bretagne pourrait en sortir.

C’est une catastrophe économique et politique qui est évitée là mais, d’un autre côté, les Européens viennent de trouver un moyen plus ou moins légal de trahir les valeurs dont ils se réclament, les traités internationaux sur le droit d’asile dont ils sont signataires et, tout simplement, leur honneur.

Cinq cent millions d’Européens n’auront pas été capables d’accueillir deux millions de réfugiés alors que 80 millions de Turcs en accueillent près de trois et il n’y a pas de quoi, vraiment pas de quoi se réjouir.

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