Où l'on voit que le président russe est plus usé qu'on ne le croit.

Il y aura bientôt dix-huit ans que Vladimir Poutine est au pouvoir. Il l’a alternativement été comme président ou Premier ministre mais, sous un titre ou l’autre, comme seul vrai patron du pays. Cela signifie que les moins de vingt ans ont toujours vécu sous lui et que les moins de trente ans ne se souviennent guère d’un autre dirigeant.

On s’userait à moins et cette usure est la première explication du succès des manifestations qui ont éclaté dimanche dans tout le pays, de Saint-Pétersbourg à Vladivostok en passant par Moscou et des dizaines d’autres villes où personne n’était jamais descendu dans la rue, en tout cas pas depuis l’année 1917, celle de la révolution qui allait devenir communiste.

Vladimir Poutine s’use car il y a longtemps que les Russes ont oublié le bonheur avec lequel ils l’avaient vu succéder à Boris Eltsine. Un jeune espion tout en muscles prenait alors le relais d’un alcoolique dont les moments de lucidité s’étaient fait rares. Cet homme à poigne qui promettait de ne plus céder un pouce du territoire impérial et de faire rendre gorge à la mafia qui s’était partagé les richesses nationales sous couvert de privatisations avait d’abord immensément plu. La Russie avait tout attendu de lui mais les années passant, de nouveaux voleurs succédant aux anciens et l’argent du pétrole disparaissant sur des comptes privés au lieu d’être investi dans des infrastructures rendant l’âme, Vladimir Poutine avait fini par lasser les classes moyennes urbaines nées du passage à l’économie de marché.

C’est ce qui avait suscité les grandes manifestations de l’hiver 2011/2012, la première alerte que le président russe avait su dépasser, deux ans plus tard, avec l’annexion de la Crimée que les Russes considèrent toujours comme leur. La popularité de Vladimir Poutine en avait connu un fort regain mais cela aussi s’oublie car la Russie s’embourbe en Ukraine, s’embourbe au Proche-Orient, voit s’évanouir les espoirs qu’elle avait placés en Donald Trump à l’élection duquel le Kremlin avait tant contribué et voit même s’essouffler ce candidat à la présidentielle française, François Fillon, que la presse russe avait salué comme un « ami ».

Les Russes se sentent isolés, ne savent plus où ils vont, ne voient plus en leur président un gagnant et, soudain, parce qu’ils ont été 13 millions à cliquer sur la vidéo qu’un opposant audacieux, Alexeï Navalny, avait posté pour dévoiler les si riches propriétés de leur Premier ministre Dmitri Medvedev, ils laissent éclater leurs doutes et leur indignation contre la corruption.

On ne sait pas combien il y a eu de manifestants.

On ne le saura jamais car, prudence oblige, les gens remontaient les trottoirs sans pancartes mais, à Moscou, la police a parlé de 7000 personnes et précédé un plus d’un millier d’arrestations. Ce n’était pas un petit mouvement. C’est une date pour la Russie et, dans tout cela, le plus frappant est l’extrême jeunesse des manifestants, beaucoup de lycéens qui vivent dans le XXI° siècle, sur internet, alors que Vladimir Poutine, par sa culture politique et tout son être, date du siècle précédant, celui des temps soviétiques.

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