La droite israélienne aura chargé, ce soir, Ariel Sharon de la conduire aux élections du 28 janvier. Sa popularité, l’avance qu’il maintient depuis un mois sur son rival Benjamin Netanyahou, tout laisse en effet penser qu’il sortira vainqueur de la primaire que le Likoud organise aujourd’hui et c’est donc dans une très paradoxale campagne électorale qu’Israël s’apprête à entrer. La guerre car ce cycle d’attentats-suicides et de représailles militaires en est évidemment une, le niveau de défiance sans précédant qu’ont atteint les relations israélo-palestiniennes, ces deux années, en un mot, de haine et de mort auraient normalement dû donner l’avantage, à droite comme à gauche, aux plus extrémistes des candidats en lice mais non ! C’est exactement le contraire. La gauche a clairement choisi sa colombe contre son faucon, mis en minorité, humilié, Benjamin Ben Eliezer, ministre de la défense d’Ariel Sharon jusque en octobre dernier, et assuré le triomphe du maire d’Haïfa, le général Mitzna qui affirme sa volonté de reprendre immédiatement les négociations avec les Palestiniens, fûssent-elles menées par Yasser Arafat. Quant à la droite, elle ne veut pas de Benjamin Netanyahou qui avait pourtant cru l’emporter facilement sur Ariel Sharon en annonçant qu’il ferait expulser, sitôt élu, Yaser Arafat et refuserait la création d’un Etat palestinien, quoiqu’en disent les Américains et le monde. Ariel Sharon l’a laissé dire, lui a proposé les Affaires étrangères laissées vacantes par le retrait des Travaillistes et s’est alors déclaré, lui, en faveur d’un Etat palestinien et contre toute idée d’expulsion de Yasser Arafat. Tout est relatif mais c’est avec un programme de modération qu’Ariel Sharon s’est assuré le soutien du Likoud, a même creusé l’avantage contre son adversaire et cela signifie que les électeurs israéliens, droite comme à gauche, savent qu’ils ne sortiront pas de cette impasse sans un compromis, que la paix est la prix de la sécurité. Cela ne signifie pas qu’un accord soit pour demain. Sans doute en est-on loin, même si par miracle la gauche l’emportait, mais il est revanche clair que le candidat travailliste a raison quand il est dit que la paix est moins difficile à atteindre aujourd’hui qu’il y a deux ans car les Israéliens ont bien vu que la force seule ne mènerait à rien tandis que les Palestiniens ont compris qu’ils ne mettraient pas Israël à genoux, attentats ou pas. Entre ces élections et l’Irak où, guerre ou pas, la situation se sera bientôt modifiée, quelque chose bouge au Proche-Orient. Les choses bougent en Israël. Elles bougent dans les rangs palestiniens où le débat sur la violence fait entendre de nouvelles voix et relance, de tous côtés, les contacts avec les Israéliens. Les choses bougent, surtout, aux Etats-Unis, en Europe et en Russie puisque ces trois puissances vont présenter ensemble, avant Noël, un plan de paix de commun qui prévoit la constitution d’un Etat palestinien par étapes mais à court terme puisque avant 2005. Est-ce suffisant pour au moins espérer une percée prochaine ? Non. Ca ne l’est pas mais ce n’est déjà plus tout à fait le statu-quo.

L'équipe

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.