Pour ce qui est d’Israël, on sait. Le Travaillistes se sont donnés un nouveau patron, syndicaliste et pacifiste. Ariel Sharon a quitté son parti, le Likoud, pour en former un nouveau, centriste et désireux d’échanger, selon son slogan, « la sécurité contre l’indépendance ». En moins d’un mois tout a changé en Israël mais il se pourrait bien qu’un changement d’ampleur s’annonce aussi, côté palestinien. Chez les Palestiniens, l’organisation qui domine la scène politique depuis toujours est le Fatah, fondé il y a quarante ans autour de Yasser Arafat. Très divisé, contesté par les mouvements islamistes comme le Hamas, le Fatah est resté, jusqu’aujourd’hui, le premier des mouvements palestiniens mais cette longévité même, le poids acquis par ses dirigeants historiques et les rentes de situation qu’ils se sont trouvées dans les rouages, et les budgets, de l’administration des Territoires, posent depuis longtemps problème. Les combattants sont devenus des élus ou des fonctionnaires inamovibles. Les tentations de la corruption et du trafic d’influence ont été fortes pour nombre d’entre eux et, pour tous, le déphasage avec les nouvelles générations de militants est grand. Le Fatah a ses jeunes turcs, plus radicaux ou mieux formés, plus gestionnaires ou plus violents, très divers mais qui ont, dans tous les cas, grandis à côté de la réalité israélienne qu’ils connaissent, par la force des choses. Modérés ou pas, ils parlent souvent l’hébreu que beaucoup ont appris en prison et sont arrivés à l’âge politique dans une période où l’idée d’une reconnaissance mutuelle s’est imposée. Désormais quinquagénaires et auréolés de leur participation aux deux Intifada, ces jeunes turcs veulent leur part du pouvoir et l’ont si bien fait comprendre qu’ils ont obtenu que les candidats du Fatah aux législatives palestiniennes de janvier ne soient plus désignés par la direction du mouvement mais par sa base, appelée à choisir dans des primaires. Ce changement est en lui-même une révolution, la fin d’une époque et une étape capitale du développement d’une démocratie palestinienne qui s’était déjà affirmée, il y a un an, avec l’élection de Mahmoud Abbas, le successeur de Yasser Arafat. Les électeurs prennent, là, de plus en plus de poids mais ce changement de règles parait bien induire aussi un changement politique. Au vu des premiers résultats, ces primaires ouvertes vendredi sont en effet bien parties pour créer un grand appel d’air. A Naplouse et Djénine, un seul député sortant a obtenu l’investiture de la base. La vieille garde semble partout en difficultés et à Ramallah, les militants ont littéralement plébiscité - 90% des voix - la plus grande figure de la jeune génération, Marouane Barghouti. A 46 ans, cet homme qui a compté de très nombreux amis en Israël est aussi connu pour l’ardeur avec laquelle il s’était engagée dans le camp de la paix au moment des accords d’Oslo que pour le rôle décisif qu’il a joué dans la seconde Intifada. Homme de paix et de guerre, il est aujourd’hui détenu en Israël, condamné à la prison à vie, mais beaucoup d’Israéliens voient en lui un Sharon palestinien, celui qui aurait assez de légitimité nationale pour signer le compromis sur lequel se fonderait, un jour, la coexistence de deux Etats.

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