Dommage mais tant pis. Il est dommage que la Chine ait décidé de reporter son sommet de lundi prochain avec l’Union européenne au motif que Nicolas Sarkozy, président de l’Union jusqu’à la fin décembre, rencontrera le dalaï lama dans huit jours à Gdansk. C’est dommage parce que le monde est en pleine crise économique, que cette récession montante frappe tous les pays sans exception et que cette situation exige plus de concertation internationale que jamais. C’est dommage parce que le président français, après avoir trop vite affirmé dans sa campagne électorale qu’il tiendrait la dragée haute aux dictatures, n’avait pas tardé à comprendre qu’un chef d’Etat ne peut pas ignorer le monde tel qu’il est, notamment pas une puissance de la taille chinoise, et qu’il avait donc adopté, dans la crise tibétaine, une voie médiane, d’abord trop tâtonnante mais, au bout du compte, équilibrée. Il s’était abstenu de recevoir le dalaï lama avant les JO de Pékin, ce qui aurait été un geste de rupture inutile. Il avait finalement assisté à l’ouverture des Jeux après que les Chinois, comme il l’avait souhaité, eurent repris leurs conversations avec les représentants du prix Nobel de la paix. Il avait fait tout ce qu’il fallait pour ménager la Chine mais comme il n’avait, bien sûr, pas non plus à la laisser dicter sa conduite, il avait choisi la réception qu’offre Lech Walesa, la semaine prochaine, à l’occasion de l’anniversaire de son propre Nobel de la paix, pour rencontrer le chef spirituel des Tibétains, à bas bruit, en marge de cette rencontre de Gdansk. Il est dommage que la Chine n’ait pas su apprécier cette volonté du président français de concilier les impératifs qui s’imposaient à lui mais, puisqu’elle n’en est apparemment pas capable, tant pis – tant pis pour tous et tant pis pour elle car Nicolas Sarkozy déshonorerait la France en cédant, maintenant, au chantage qui lui est fait. Peut-être les Chinois ont-ils vu une faiblesse dans la volonté du président français de ne pas casser les ponts. Peut-être s’imaginent-ils qu’ils pourraient encore le faire renoncer à son rendez-vous de Gdansk mais ce serait tellement mal vu de leur part qu’on peine à le croire. Sans doute faut-il plutôt voir dans cet incident un message adressé non pas seulement aux Européens mais, surtout, au futur président américain. La croissance chinoise baisse. A 8% maintenant, elle vogue vers le niveau auquel la Chine sera confrontée à des difficultés économiques et sociales dont les signes avant-coureurs se multiplient. Dès le 20 janvier, la Chine sera, en plus, sommée par Barack Obama de cesser le dumping monétaire grâce auquel elle pousse ses exportations, de faire au moins un geste, et c’est une salve d’avertissement qu’elle vient de lui lancer là, en ciblant l’Europe, pour faire comprendre aux Etats-Unis que ses difficultés n’assoupliront pas ses positions. Le message est clair. Fort de ses réserves en devises et du soutien qu’il apporte au dollar, le régime chinois se prépare à faire front mais il est autant dépendant de l’Amérique que l’inverse. Message ou pas, il devra bien chercher des compromis et renouer avec l’Europe. Alors, oui, dommage mais tant pis.

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