Certains le disent et beaucoup le pensent. Devant la formidable montée en puissance des islamistes dans tout le monde arabe, devant la première place sur l’échiquier politique que les élections leur ont accordée en Tunisie et, maintenant, au Maroc, devant le très bon score que leur promettent les élections égyptiennes dont le premier temps se déroule aujourd’hui et la centralité que leur donnera, un jour, la chute de Bachar al-Assad en Syrie, beaucoup d’Occidentaux en viennent à se dire que les dictatures étaient finalement préférables à cette liberté dont profitent des fanatiques.

Vous verrez, disent-ils, qu’on regrettera bientôt, et les pays arabes en tête, Ben Ali, Moubarak et même Kadhafi puisque ces premières élections seront aussi les dernières et que, parvenus au pouvoir par la démocratie, les islamistes le garderont par la force en imposant une théocratie à l’iranienne.

C’est possible. C’est un scénario qu’on ne peut pas exclure a priori puisqu’il y a, en effet, le précédent iranien et que des dirigeants islamistes ont eu des phrases inquiétantes en Tunisie mais ce n’est pourtant pas, au contraire, le plus probable car ce qualificatif « d’islamiste » recouvre trop de réalités différentes pour avoir encore un seul et même sens.

Les islamistes, ce n’est pas seulement les djihadistes d’al Qaëda, ces partisans de la guerre sainte, du djihad, qui voulaient abattre l’Occident en organisant des attentats dans ses villes et contre ses alliés arabes. Les islamistes, c’est aussi la monarchie saoudienne qui impose le voile aux femmes et leur interdit, même, de conduire mais s’appuie sur l’Occident. C’est également l’AKP, le parti qui dirige la Turquie depuis 2002 en la faisant prospérer et sans imposer l’islam à quiconque ou encore le PJD, la formation qui vient d’arriver en tête des élections marocaines mais se réclame de la monarchie et n’a jamais recouru à la violence.

Il n’y a pas, en un mot, un seul et même islamisme, mais autant d’islamismes que de pays musulmans et même plus car il y en a souvent plusieurs par pays. Sont islamistes, l’ensemble des partis et mouvements se réclamant de l’islam mais, alors que les courants djihadistes de cette mouvance si diverse sont en régression, leurs ailes montantes tendent toutes, sur le modèle turc, à devenir des partis conservateurs, traditionalistes dans le domaine des mœurs et totalement libéraux en économie. C’est le courant ascendant parce que le djihadisme n’a rien apporté d’autre au monde arabe que le discrédit et le sang, que le monde arabe aspire à la liberté, que l’islamo-conservatisme à la turque a une large base sociale dans des sociétés dont le traditionalisme est profond et que ces partis, s’ils ne veulent pas perdre leur popularité, doivent consolider leurs économies nationales.

Non seulement ces partis sont condamnés à s’entendre avec l’Occident s’ils ne veulent pas échouer sur le terrain économique mais, à défaut d’avoir une majorité absolue, ils doivent former des gouvernements de coalition avec des laïcs, comme ils l’ont fait en Tunisie et vont le faire au Maroc. Non seulement l’islamisme ne pose plus de vraie menace terroriste à l’Occident. Mais, aussi réactionnaire qu’il soit, il devient une force politique, soluble dans la démocratie.

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