C’est un grand pas que les Palestiniens, et la raison politique avec eux, feront cette semaine. Vendredi au plus tard, dès demain peut-être, l’Assemblée générale de l’Onu aura accordé à la Palestine, comme au Vatican, un statut d’Etat non membre des Nations-Unies, d’observateur mais d’Etat.

Non seulement la Palestine divisée, occupée et sans frontières internationales, sera ainsi reconnue comme ce qu’elle doit devenir pour qu’advienne la paix, un Etat coexistant pacifiquement avec Israël dans les frontières de 1967, mais cette reconnaissance sera massive et, diplomatiquement parlant, significative car le « oui » que la France a maintenant décidé de formuler devrait entraîner celui de beaucoup d’autres pays de l’Union européenne, quinze ou seize semble-t-il. C’est une bonne chose pour trois raisons.

La première est que la très grande majorité de ce Parlement du monde qu’est l’Organisation des Nations-Unies aura ainsi solennellement redit, comme lors du premier partage de novembre 1947, que cette terre depuis si longtemps disputée doit revenir aux deux peuples qui la revendiquent, qu’ils y ont également droit à un Etat et que l’existence d’Israël ne doit pas priver les Palestiniens de ce droit, pas plus que l’existence de la Palestine ne devrait en priver, demain, les Israéliens. C’est l’évidence mais une évidence qu’il était nécessaire et plus que temps de rappeler, par un vote de l’Assemblée générale.

La deuxième raison de se féliciter de ce pas à venir est qu’il viendra rompre un statu-quo délétère dans lequel Palestiniens et Israéliens s’embourbent depuis qu’ils se sont engagés, par les Accords d’Oslo, il y a près de vingt ans, à reconnaître leurs Etats respectifs mais sans jamais parvenir à passer d’un accord aux actes tant leur méfiance réciproque demeure grande.

Attention, pourtant, aussi important qu’il soit, ce vote de l’Onu ne changera rien dans l’immédiat. Dans un premier temps, il pourrait même compliquer les choses car Israël voit dans ce recours des Palestiniens à l’Assemblée générale une rupture des Accords d’Oslo aux termes desquels la Palestine ne pouvait naître que d’un règlement définitif, négocié par les deux parties. Il n’est donc pas exclu qu’Israël prenne des mesures de rétorsion économique contre l’Autorité palestinienne. C’est pour cela que les Etats-Unis voteront contre cette résolution, que la France avait beaucoup hésité et que les Palestiniens avaient échoué, l’année dernière, à obtenir du Conseil de sécurité l’admission de leur Etat comme membre de plein droit des Nations-Unies.

Ce n’est qu’un pas, capital mais incertain, qui sera fait cette semaine mais la troisième raison d’y applaudir et que l’autorité du président palestinien, de ce partisan du compromis qu’est Mahmoud Abbas, en sortira renforcée. L’Onu va donner raison aux plus modérés des Palestiniens, ceux du Fatah, et cette réalité est si tangible que le Hamas s’est finalement résolu à approuver la démarche de ses rivaux. Alors même qu’ils continuent de nier le droit d’Israël à l’existence, les islamistes ont dû – et peut-être est-ce le plus important – se rallier à une demande de reconnaissance d’un Etat palestinien dans les frontières de 1967, c’est-à-dire, de fait, à un partage et une coexistence avec Israël.

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