L’Ukraine aurait dû signer aujourd'hui un accord d’association avec l’Union européenne. C’est à Vilnius, capitale de la Lituanie, qu’elle aurait ainsi dû franchir un tout premier pas vers une très lointaine entrée dans l’Union mais elle s’est rétractée jeudi dernier avant de dire, depuis avant-hier, que oui, non, ce n’était pas pour cette fois mais qu’un jour sans doute cela se ferait car elle continuait à plus que jamais vouloir, mais si, décidément, absolument, se rapprocher des 28.

Cette valse-hésitation a une raison qui s'appelle la Russie.

On savait depuis longtemps que le Kremlin voyait d’un très mauvais œil cet accord d’association. On savait que la Russie avait menacé l’Ukraine de se fermer à ses exportations et de ne plus assurer ses approvisionnements en gaz mais le Premier ministre ukrainien a fini, mardi, par lâcher le morceau. La Russie nous a « clairement dit », a-t-il publiquement expliqué, que nous ne devions rien signer avec l’Union avant l’ouverture, et la conclusion, d’une négociation tripartite réunissant Moscou, Kiev et Bruxelles autour d’une même table.

La Russie s’est arrogé un droit de veto sur la politique d’un pays indépendant d’elle depuis plus de deux décennies mais qu’elle persiste à considérer comme un protectorat et c’est avec succès qu’elle l’a fait. L’Union européenne s’en indigne. Il ne se passe plus un jour sans que les plus pro-européens des Ukrainiens ne manifestent, en nombre, à Kiev et dans d’autres villes mais ce sont les faits, une réalité dont il y a trois enseignements à tirer.

Le premier est que l’Union européenne a gravement sous-estimé là, les capacités de pression de la Russie sur l’Ukraine, de « chantage », dit le président polonais. Ce n’est pas seulement que l’économie ukrainienne dépende trop du gaz et du marché russes pour que ce pays puisse ignorer une mise en garde du Kremlin. C’est aussi que l’Ukraine, qui fut le pays dont la Russie est née, lui reste intimement liée par des siècles d’histoire commune, la prédominance du russe dans sa partie orientale, la très forte présence de capitaux russes dans son industrie et le nombre considérable de familles mixtes qui font que l’Ukraine est au moins aussi présente en Russie que l’inverse.

Le deuxième enseignement de cette crise est que l’Union n’a pas été que naïve. Consciemment ou inconsciemment, cela revient au même, elle ne s’est pas souciée d’offrir à l’Ukraine les garanties économiques qui lui auraient fait franchir le pas, car les Européens ont déjà suffisamment de problèmes à résoudre pour n’avoir pas souhaité le faire. L’Union ne s’est en fait pas donné les moyens de ce « Partenariat oriental », de ce rapprochement avec les anciennes Républiques soviétiques que ses États sortis du bloc communiste souhaitaient ardemment mais qui n’était pas l’absolue priorité de ses autres membres.

Quant au dernier enseignement à tirer de ce faux pas, il est que les 28 n’ont pas de politique russe alors même qu’ils ne peuvent effectivement pas se rapprocher d’un pays comme l’Ukraine hors d’une vision partagée avec la Russie de l’équilibre et de la sécurité d’un continent commun dont les deux piliers, c’est ainsi, sont l’Union européenne et la Fédération de Russie.

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