L’Union européenne va maintenant investir dans la relance de ses économies. Tout le confirme depuis hier et c’est heureux mais l’investissement ne suffira pas à remettre l’unité européenne sur ses rails puisque les effets de ce tournant ne se feront pas immédiatement sentir, que le chômage va persister, que le climat politique continuera à se dégrader dans toute l’Union et qu’ensemble, ces trois facteurs accentueront encore le divorce entre les Européens et l’Europe.

L’investissement, c’est bien, c’est nécessaire et même indispensable, mais le projet européen a tout autant besoin d’avancées politiques et la première est d’en finir avec le dumping fiscal entre Etats membres. La tâche est immense car, en l’état actuel des traités, chacun des 28 est maître de sa fiscalité, que beaucoup d’entre eux entendent le rester et que cela signifie que rien ne peut empêcher des pays de l’Union de continuer à proposer à des entreprises des conditions d’imposition extrêmement avantageuses pour les inciter à installer leurs sièges sociaux sur leur territoire.

Le Luxembourg n’est pas seul à le faire. Ce n’est pas illégal. Ce n’en est pas moins inacceptable et totalement mortifère, surtout, pour l’idée même d’unité européenne car les opinons publiques en concluent que l’Union est coupable de cette situation alors que c’est, au contraire, son inachèvement qui permet ce scandale.

Soutenue par le plus grand nombre possible de gouvernements, la Commission se doit de prendre solennellement position contre ces arrangements et de dire sa volonté de s’y attaquer en les traitant désormais - elle commence, d’ailleurs, à le faire - comme des subventions déguisées et susceptibles, à ce titre, de lourdes sanctions. Il y va de la crédibilité de l’Union et, sur cette lancée, la Commission se devrait de maintenant proposer d’aller de l’avant, dans des négociations avec date butoir, sur une harmonisation des fiscalités et des protections sociales sans laquelle nous continuerons de marcher sur la tête et d’aller dans le mur avec une monnaie unique mais 28 politiques économiques.

Il faut, en troisième lieu, que ceux des pays de la zone euro qui veulent aller plus loin plus vite annoncent dans une déclaration commune leur volonté de se constituer en une union politique toujours plus étroite au sein de l’Union et de la doter ainsi d’une tête politique et d’une avant-garde ouvrant la voie à d’autres. C’est sans plus attendre qu’il faut passer à l’Europe à plusieurs vitesses parce qu’on ne peut plus progresser sans que la direction à prendre n’ait été débattue et clarifiée et que ce n’est pas aux plus réticents des pays de l’Union de fixer l’agenda mais aux plus allants.

Il faut, parallèlement, construire une Europe de la Défense car l’Union n’a virtuellement plus de parapluie américain et d’ores et déjà plus de moyens de se défendre seule. Quant à la cinquième tâche politique que l’Union doit se fixer, elle est d’ouvrir de vraies discussions avec la Russie, avant qu’il ne soit trop tard, sur les conditions d’une stabilisation de l’Europe, du continent Europe.

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