Un héros ? Un bourreau ?

Un héros ? Un bourreau ? Pourquoi se disputer autant qu’on le fait depuis l’annonce de sa mort, il y a deux jours, alors que Fidel Castro fut l’un puis l’autre, les deux à la fois, héros et bourreau.

Héros, il le fut car en 1959, lorsqu’il entre à La Havane avec une colonne de guérilleros assoiffés de justice sociale qui chasse du pouvoir l’ex-sergent Batista devenu chef de l’Etat à la faveur d’un putsch militaire, c’est un régime totalement détestable que Fidel Castro renverse.

Sous Batista, Cuba était la grande destination du tourisme sexuel américain et ce n’était pas le pire. Avec la complicité de son président, Cuba était aussi la base arrière des mafias américaines qui investissaient et blanchissaient là l’argent de leurs crimes et réunissaient leurs parrains, amis et obligés de Batista, dans l’effarant luxe des hôtels qu’elles y possédaient.

Une misère noire rongeait parallèlement la masse de la population et c’est ainsi que Fidel Castro fut incontestablement un libérateur, acclamé comme tel, admiré de par le monde et adulé dans toute l’Amérique latine car il avait réussi l’impossible. Il avait renversé un régime à la solde des Etats-Unis, dans leur arrière-cour, là même où rien ne se faisait sans eux car il fallait, n’est-ce pas, lutter contre le communisme.

Jeunes, beaux, insolents, parés de toutes les vertus et cigare aux lèvres, pendant de longues années, Fidel Castro et, plus encore, Che Guevara furent les dieux vivants de la génération des sixties, celle qui voulait ébranler l’ordre de la Guerre froide et rêvait de révolution sans pouvoir, du tout, se reconnaître dans les chapeaux mous de la direction soviétique et la grisaille de l’URSS.

Justice sociale, jeunesse et liberté, discours enflammés et salsa, ils sonnaient l’heure d’un renouveau mais, si justifiables soient-elles, les révolutions tiennent rarement leurs promesses Terreur en France, Goulag en URSS, c’est dans le sang qu’elles plongent bientôt car, nées de la violence, elles ne peuvent se maintenir que par elle, répriment, censurent et emprisonnent au nom de leur survie.

Ce n’est pas que la révolution cubaine n’ait rien réalisé. Ecoles et services de santé, c’est-à-dire beaucoup, elle a des actifs à son bilan mais, si belle sous Batista, elle ne l’a pas été ensuite.

L’embargo américain explique en partie cette dérive répressive. Sans doute, même, en est-il largement responsable mais, si cet embargo a mis Cuba dans la main du Kremlin et étranglé son économie, il est la conséquence d’une permanente escalade avec Washington qui avait conduit la CIA à vouloir renverser Castro qui a lui-même mis le monde au bord d’une guerre nucléaire en acceptant l’installation de fusées soviétiques sur son sol.

Il y eut une ivresse de la révolution cubaine qui lui a fait oublier les rapports de force et l’a condamnée à devenir toujours plus policière et brutale. Elle l’est un peu moins aujourd’hui mais à Cuba, la grande question, ouverte bien avant la mort de Castro, est de savoir comment sortir du communisme. C’est hasardeux, difficile et les précédents n’ont pas toujours été heureux.

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