Mohamed Ben Salman effectue une tournée de dix jours dans plusieurs pays arabes et au sommet du G20 à Buenos Aires, au cours de laquelle il espère surmonter l’impact désastreux de l’assassinat du journaliste il y a bientôt deux mois.

Le Syndicat des journalistes tunisiens a accroché sur son siège, lundi 26 novembre, cette banderole visant clairement le prince héritier saoudien, en référence à l’affaire Khashoggi.
Le Syndicat des journalistes tunisiens a accroché sur son siège, lundi 26 novembre, cette banderole visant clairement le prince héritier saoudien, en référence à l’affaire Khashoggi. © AFP / FETHI BELAID / AFP

Mohamed Ben Salman est sans doute l’un des hommes les moins fréquentables au monde depuis l’assassinat dans des conditions atroces du journaliste saoudien Jamal Khashoggi il y a bientôt deux mois. Mais « MBS » est aussi l’homme fort d’un pays riche et puissant, l’Arabie saoudite, et il est impossible de refuser quand il s’invite chez vous.

Le prince saoudien est arrivé mardi soir à Tunis, une étape sur la route de Buenos Aires ou il participe en fin de semaine au sommet du G20. C’est sa première sortie du Royaume depuis l’affaire Khashoggi, qui a détruit son image soigneusement construite de modernisateur.

A Tunis, il est probable que ses hôtes lui auront évité de passer devant le siège du Syndicat des journalistes tunisiens, qui a accroché une immense banderole représentant un Saoudien muni d’une scie électrique, allusion explicite à l’un des détails macabres de la mort de Khashoggi. 

Il n’y a qu’à Tunis qu’un tel geste est possible dans le monde arabe, liberté acquise avec la révolution de 2011. A Alger, où il se trouve mercredi, il y a bien une pétition contre le prince, mais l’hostilité se fait plus discrète.

Ce voyage est assurément une tentative de remettre le prince héritier en selle et de faire oublier le meurtre commis le 2 octobre dans l’enceinte du Consulat saoudien à Istanbul. 

La CIA elle-même a pourtant conclu à la responsabilité personnelle de Mohamed Ben Salman. Mais aidé par Donald Trump, qui a trop misé sur lui, à la fois économiquement et stratégiquement, le jeune prince tente de surmonter les critiques et de montrer qu’il reste solidement aux commandes du royaume.

Des rumeurs ont circulé sur des complots au sein de la famille royale pour l’empêcher de succéder à son père, le roi Salman, à sa disparition. En faisant ce long voyage, et en s’affichant à coup sûr avec son « parrain » Donald Trump et d’autres dirigeants mondiaux -peut-être Emmanuel Macron-, il montre qu’il ne craint pas les révoltes de cour.

L’affaire Khashoggi n’est pas pour autant close. A Buenos Aires, le prince saoudien a demandé à rencontrer son principal accusateur, le président turc Recep Tayyip Erdogan. C’est lui qui a distillé les informations accablantes jour après jour, et est sorti renforcé de cette affaire. La Turquie était au plus mal avec les États-Unis avant le meurtre, elle s’est remise au centre du jeu grâce à l’erreur fatale de son rival saoudien.

Erdogan est-il disposé à signer la paix avec le prince héritier, ou la rencontre de Buenos Aires ne sera-t-elle qu’une étape dans la confrontation larvée entre ces deux pôles de l’islam sunnite ? L’issue de cette rencontre sera en tous cas décisive.

Dernier obstacle, Mohamed Ben Salman aura la surprise, en Argentine, de découvrir une plainte contre lui, déposée par l’organisation Human Rights Watch, pour la guerre au Yémen et sa possible implication dans la mort de Khashoggi. Ce voyage a décidément des allures de parcours du combattant pour un prince discrédité. 

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