Avec un mois de retard, la nouvelle Commission prendra ses fonctions lundi, après le vote à une large majorité du Parlement de Strasbourg. Elle a des défis à relever pour que l’Europe ne rate pas ses rendez-vous avec l’histoire.

La présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, lors du débat précédent le vote du Parlement européen réuni à Strasbourg le 27 novembre 2019.
La présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, lors du débat précédent le vote du Parlement européen réuni à Strasbourg le 27 novembre 2019. © AFP / FREDERICK FLORIN / AFP

L’expression « dernière chance » est souvent galvaudée ; il y a rarement de véritables « dernières chances » dans l’histoire... C’est pourtant la formule qui vient à l’esprit en pensant à la Commission présidée par Ursula Von der Leyen, qui prendra donc ses fonctions lundi prochain, avec un mois de retard sur le calendrier prévu.

Elle a passé hier son dernier obstacle démocratique, avec le vote du Parlement européen. Avec 461 voix pour et 157 contre, la Commission a obtenu une large majorité constituée des conservateurs, des socio-démocrates et des libéraux ; bien plus large que les seulement neuf voix d’avance que Mme Von der Leyen avait elle-même reçues lors de son vote de confirmation en juillet.

Pour une instance souvent dénoncée pour son manque de démocratie interne, l’investiture de la Commission n’a pas manqué de rebondissements. Trois Commissaires récusés par les parlementaires dont, on s’en souvient, la Française Sylvie Goulard. Le questionnement sur l’éthique et la compétence des Commissaires pressentis a été intense, même si parfois plombé par des arrières pensées politiciennes. Il n’empêche : le Parlement élu en avril dernier a tenu ses promesses.

« Dernière chance », donc, parce que l’Europe a raté de nombreux rendez-vous au cours des quinze ou vingt dernières années, comme si, après l’euphorie de la chute du mur de Berlin et de la « réunification » du continent, elle s’était assise sur ses lauriers ; et avait regardé les trains passer.

Tous les citoyens européens ressentent confusément, même sans être des spécialistes, que le monde change rapidement autour d’eux. Émergence d’une Chine conquérante, un allié américain déroutant au-delà de la personnalité de Donald Trump, une transformation technologique dont les clés sont en Chine ou dans la Silicon Valley, quasiment jamais en Europe ; et enfin un défi climatique qui oblige à des décisions radicales. Sans oublier le Brexit qui finira peut-être par arriver...

Pour toutes ces raisons, il n’est pas déraisonnable de penser que si l’Europe continue à rater ses rendez-vous, elle sera le sujet et non plus l’acteur de l’histoire, sous-traitante de ce qui se décidera et se concevra ailleurs. Ce n’est pas sa vocation, ce sera uniquement par manque de volonté.

Ursula Von der Leyen a qualifié sa Commission de « géopolitique », une manière de dire qu’elle entend bien relever tous ces défis. Elle en a le mandat des États, maintenant des parlementaires ; et elle compte quelques fortes personnalités pour les dossiers-clé : 

-       la star, Margrete Vestager, la vice-présidente dont Donald Trump a fait sa « bête noire » pour s’en être prise aux GAFA ; 

-       Frans Timmermans, le socialiste en charge du « green deal », la réponse au changement climatique ;

-       et enfin Thierry Breton, super-Commissaire chargé de l’industrie et de la défense, deux enjeux cruciaux.

Mais les handicaps ne manquent pas, et ils se trouvent dans les États-membres autant qu’à Bruxelles, à commencer par des désaccords actuels entre la France et l’Allemagne ; et la maigre confiance des citoyens envers cette Europe qui les a déçus, mais à laquelle ils ont accordé en avril une… « dernière chance ».

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