Ce que l’on pouvait craindre est arrivé. En intervenant en Irak, en renversant le régime en place et prenant la responsabilité d’un pays dont ils ne s’étaient absolument pas préparés à assumer la charge, les Etats-Unis se sont engagés dans une vraie guerre qu’ils ont bien peu de chances de gagner. Sans police, sans armée, sans institutions nationales, l’Irak est désormais incontrôlé car incontrôlable par une armée étrangère, faire de jeunes soldats effarés qui ne savent pas pourquoi ils devraient mourir, ne parlent pas la langue du pays qu’ils sont sensés gérer et ne comprennent rien aux gens auxquels ils ont affaire. L’Irak devient ainsi ce qu’était l’Afghanistan avant la chute des Taliban – un champ libre pour la mouvance islamiste, un terrain de bataille sur lequel ils comptent bien infliger une défaite à l’Amérique, l’embourber, la forcer au repli et l’humilier assez, au cœur même du Proche-Orient, pour renverser enfin - leur grand rêve - le rapport de forces entre l’Islam et l’Occident. Ce qu’il fallait éviter, ce choc des civilisations à la faveur duquel les fous d’Allah voudraient tant entraîner le monde musulman dans une grande revanche sur son déclin, cet affrontement qui serait une guerre d’un siècle marque maintenant des points dans l’aventure irakienne. La situation n’est pas grave. Elle est très grave car l’engrenage menace. Les attentats vont se multiplier. La crise israélo-palestinienne est là pour montrer que rien ne les arrêtera. Ils seront de plus en plus spectaculaires. L’armée américaine sera de plus en plus condamnée à se barricader derrière ses murs de béton. Déjà très mal engagé car les Etats-Unis avaient totalement sous-estimé les efforts qu’il demanderait, l’effort de reconstruction s’en ressentira et moins les Irakiens verront de bénéfices à la présence américaine, plus ils l’assimileront aux bombes et au chaos socio-politique. Dans ces conditions, les Etats-Unis trouveront de moins en moins d’alliés dans ce pays et plus le terrorisme s’y épanouira, plus il fera de victimes américaines et plus la popularité de Georges Bush s’amenuisera, en pleine campagne présidentielle. C’était un scénario écrit d’avance mais maintenant que le décor se met en place, maintenant que les islamistes croient tenir l’occasion d’une victoire sur l’Amérique et y croient tant qu’ils ne reculeront devant rien, maintenant qu’il n’est plus temps de crier gare, que faire ? Que faire pour que le terrorisme ne trouve pas là sa validation politique et de nouveaux émules ? Que faire avant que les Etats-Unis ne cèdent, un jour, à la tentation de plier bagages et n’ouvrent alors la voie à une totale catastrophe ? La réponse n’est pas simple. Il n’y a plus de solution parfaite mais avant qu’il ne soit vraiment trop tard, il faut d’urgence ouvrir une perspective politique, mettre en place un gouvernement irakien qui prenne en charge le pays et faire passer toutes les troupes étrangères sous le contrôle politique de l’Onu. Ce serait le seul moyen non pas de stabiliser l’Irak – ce n’est pas pour demain – mais d’y faire cesser ce face-à-face entre l’Amérique et les islamistes, de casser l’engrenage de la guerre entre l’Islam et l’Occident.

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