C’est un sommet de la méthode que les 25 ont tenu hier à Hampton Court. Initialement, Tony Blair avait voulu faire de cette réunion informelle, de débats et non de décisions, l’occasion de montrer que les thèses libérales prévalaient désormais dans les pays de l’Union. Il comptait pour cela sur un basculement de l’Allemagne mais les électeurs allemands ayant préféré un gouvernement de coalition gauche- droite à une rupture libérale, la démonstration que le Premier ministre avait envisagée n’était plus possible. Elle l’était d’autant moins que le triomphe de la droite sociale contre la droite libérale en Pologne vient de confirmer que les citoyens européens refusent d’abandonner leur modèle économique, ce mariage du marché et de la solidarité qu’est l’économie sociale de marché. Le débat théorique sur les mérites comparés du laisser-faire et de la régulation n’aurait, dans ces conditions, pas forcément tourné à l’avantage du premier. Il n’aurait, au contraire, pu conduire qu’à un pugilat stérile dont l’Union serait sortie encore plus affaiblie qu’elle ne l’est depuis le rejet de son projet de Constitution et la raison l’a donc emporté. Sur proposition de Tony Blair lui-même, les 25 ont décidé de laisser de côté les affrontements idéologiques pour s’attacher à la recherche de domaines concrets, précis, cernés, dans lesquels l’Europe pourrait avancer dans les mois à venir. Jacques Chirac (on en parlait avant-hier) en a proposé cinq mercredi matin dans les plus grands journaux des pays membres. Tony Blair, le soir même, a avancé ses propres idées devant le Parlement européen. Il était clair à les lire et les entendre que des convergences s’esquissaient et, ce décor ayant été campé, les discussions d’Hampton Court ont effectivement permis de dégager des consensus sur les directions à prendre, sur des « projets » comme aime à le dire Dominique de Villepin, qui devraient être formalisés d’ici le Conseil européen du printemps prochain. Il y a une forte unanimité sur le besoin pressant d’augmenter l’effort européen de recherches, tant dans le montant des sommes à investir que dans la définition d’une stratégie et de structures communes. C’est le point qui ne fait pas discussions. Il est évidemment capital puisque l’Europe ne peut plus continuer à se laisser distancer en matière d’innovation sans risquer de totalement décrocher dans le siècle qui s’ouvre mais ce n’est pas tout. Avec plus de nuances, de flou souvent, de désaccords parfois, les 25 se sont également entendus sur la nécessité d’œuvrer ensemble sur les questions de l’énergie, de l’immigration, de la lutte contre le réchauffement climatique, du terrorisme, du recul démographique et de la nécessaire solidarité communautaire dans la compensation sociale des restructurations industrielles auxquelles devrait être consacré un fonds européen. Rien n’est fait mais une méthode s’est dégagée, celle de l’action et de politiques communes partout où elles sont nécessaires et possibles. C’est important, c’est même beaucoup puisque c’est une Europe politique qui pourrait avancer là, dossier par dossier, et qu’il devient moins impossible, avec cet horizon, d’arriver à un compromis, en décembre, sur le budget de l’Union.

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