Sitôt président, Nicolas Sarkozy avait rendu visite à Angela Merkel. Sitôt qu’elle se sera officiellement succédée à elle-même, Angela Merkel dînera, ce soir, à l’Elysée. La chancelière rend une politesse au président mais, bien au-delà de la simple courtoisie, ce geste de réciprocité marque une volonté commune de… Non ! Ce mot de « relance », relance du couple franco-allemand, qui vient naturellement aux lèvres est banni du vocabulaire officiel. A Paris comme à Berlin, on travaille depuis le début de l’été à une affirmation de la coopération économique et politique entre les deux pays, ce travail est devenu intense ces dernières semaines, mais ce n’est pas sous le signe de la relance mais de l’« approfondissement » que cet effort est placé et cette différence sémantique a ses raisons. La première est que Paris et Berlin tiennent aujourd’hui tant à œuvrer en commun que l’heure n’est pas à rappeler, fût-ce en creux, qu’il y eut un temps où Nicolas Sarkozy regardait plus vers la Grande-Bretagne que vers l’Allemagne, plus attiré qu’il était par le libéralisme anglo-saxon que par le capitalisme rhénan. Il y eut un temps où son tropisme était plus atlantique qu’européen mais la crise est venue et ces temps-là sont désormais mis sur le compte de la période de rodage qui a, c’est vrai, toujours commencé par gripper la relation entre deux nouveaux dirigeants français et allemand. Cela ne compterait pas, n’aurait jamais compté, et il y aurait d’autant moins lieu de parler d’une « relance » que la bonne entente entre Angela Merkel et Nicolas Sarkozy s’est déjà manifestée dans la préparation du G-20, dans son déroulement, sur l’Iran, le Proche-Orient et la plupart des grands dossier internationaux. Ce choix du mot d’« approfondissement » veut ainsi dire qu’il n’y aurait pas de changement de cap alors même qu’il y en a un mais opéré, c’est encore vrai, depuis l’hiver dernier. Quant à la seconde raison de ce choix, autrement plus réelle, elle est que, dans une Union à 27, il serait extrêmement maladroit de sembler vouloir relancer le couple franco-allemand, en revenir à l’époque où cette locomotive emmenait l’Europe où elle le souhaitait. Cela risquerait de créer des méfiances, de froisser des susceptibilités nationales, de susciter, sans doute, des coalitions adverses dont l’Union n’a nul besoin. Va donc pour « approfondissement », même s’il s’agit bel et bien d’une relance. Bien qu’on y pense beaucoup, on ne va pas se ruer sur des gestes aussi spectaculaires qu’une participation d’un représentant allemand au Conseil des ministres français et vice-versa mais l’idée est de coordonner les politiques des deux pays, au sein de l’Union, sur la scène internationale et dans les domaines financier, économique, industriel avec la volonté, notamment, de promouvoir une « ambition industrielle pour l’Europe », autrement dit de la réindustrialiser. La nouvelle coalition allemande parle aujourd’hui d’une « relation unique » entre la France et l’Allemagne, d’une relation qui se veut, en clair, déterminante.

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