Et puis, un jour, la Raison vient aux plus aveugles. Réunie, hier, pour adopter un paquet de mesures de relance du marché intérieur, de plus complète unification du marché commun européen, la Commission de Bruxelles a décidé d’ajouter une « clause sociale » à ces mesures. Le contenu précis n’en est pas encore connu mais, à en croire le Commissaire au marché intérieur, le Français Michel Barnier, cette clause « garantirait que les droits fondamentaux, et notamment les droits sociaux collectifs, ne seront mis en cause » par une aucune des décisions pouvant découler de ces nouvelles propositions de la Commission. En clair la libéralisation du marché intérieur, la suppression des entraves nationales à l’exercice d’une libre concurrence entre les entreprises des 27 pays membres, ne devrait plus permettre la mise en cause des droits sociaux existant. Il est bien sûr trop tôt pour se réjouir et applaudir. Il faudra voir ce qu’est la formulation de cette clause de garantie sociale, soigneusement l’étudier et observer, surtout, ce qu’il en adviendra après examen et trituration par toutes les autres instances européennes. La prudence s’impose mais le fait est que la Commission s’est enfin souciée de la dimension sociale des mesures économiques qu’elle propose et que Michel Barnier, un gaulliste qui a dû batailler dur pour imposer cette évolution, qu'il souhaitait depuis sa nomination, s’est senti assez sûr d’un nouveau rapport de forces pour assortir cette annonce d’un commentaire qui frisait, pour Bruxelles, le brûlot altermondialiste. « Le mot « social » n’est pas un gros mot », a-t-il dit, avant d’ajouter : « Peut-être que le type de croissance, ou d’ouverture, qu’on a eu depuis 15 ou 20 ans mérite d’être réorienté (car) on a vu les dégâts d’une caricature de libéralisme dans les services financiers ». La crise, autrement dit, est passée par là. Elle a ébranlé les certitudes des commissaires les plus libéraux ou amenuisé – qu’importe – leur capacité de résistance au bon sens et ce n’est pas tout. En France, bien sûr, mais dans toute l’Union en fait, un malaise social grandit face aux mesures d’austérité que l’endettement des Etats généralise. Les gouvernements en place voient leur popularité dégringoler. Quelque chose bouge dans les frontières européennes où gronde, partout, une colère sociale et politique et, déjà très impopulaires, l’Union et ses actuels responsables paraissent avoir compris qu’il fallait lâcher du lest et cesser de mettre en cause les acquis sociaux sous peine d’un effet boomerang. La Commission, a encore dit Michel Barnier, compte aussi travailler sur « la qualité des services d’intérêt général » (les services publics en langue bruxelloise), sur le « dialogue social européen », sur « la maîtrise des libéralisations » et sur « l’impact social de toute législation » car « nous devons, a-t-il expliqué, rassurer et protéger quand il le faut ». Cela fait autant de gros mots qui n’en sont plus, de mots qu’impose une crainte politique salutaire, bienvenue et montrant toute l’erreur qu’il y a à rejeter le processus d’unification européenne au nom des politiques qui sont menées en son nom. En démocratie, lorsqu’on n’est pas content d’un pouvoir, on ne se barricade pas dans son village. On se bat, on modifie le rapport de force, et on vote.

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