Et maintenant, les ennuis commencent. Nidaa Tounes, la grande coalition des laïcs tunisiens l’a largement emporté, avant-hier, sur les islamistes d’Ennahda mais, faute d’avoir obtenu la majorité absolue à la nouvelle Assemblée nationale, elle devra se trouver des partenaires avec lesquels gouverner et n’a que deux choix devant elle.

Soit Nida Tounes - l’Appel de la Tunisie - cherche à s’agréger de petites formations et entre alors dans des marchandages sans fin qui ne mèneront qu’à l’instabilité permanente soit elle respire un grand coup et accepte de former le gouvernement d’union nationale que lui proposent les islamistes.

Cette décision révolterait beaucoup des laïcs dont la constante et si courageuse mobilisation avait forcé Ennahda, majoritaire aux élections de 2011, à finalement accepter une Constitution démocratique puis la formation d’un gouvernement de technocrates chargé d’organiser les législatives de dimanche. Cette décision ne serait pas non plus sans risques car elle impliquerait une répartition des grands postes de l’appareil d’Etat dans lequel les islamistes continueraient ainsi de s’installer alors même que tous leurs cadres ne partagent pas, et loin de là, la modération de leur direction.

Cette union nationale serait tout, sauf évidente pour les laïcs mais, d’un autre côté, rien ne serait plus dangereux pour eux que de laisser les islamistes se refaire et se radicaliser dans l’opposition alors que la situation économique est si mauvaise, que des mesures douloureuses s’imposent et que le mécontentement social ne pourra que s’accroître. Les ennuis commencent mais « Vive la Tunisie ! », car ce petit pays sans autres ressources que son intelligence collective vient de nous rappeler à trois réalité d’importance.

La première est que rien n’est plus infondé que ces théories tellement répandues sur l’incompatibilité de l’islam et de la démocratie. La Tunisie est musulmane, tout ce qu’il y a de plus musulmane, mais non seulement elle sait ce que sont la liberté, la tolérance et la démocratie mais elle sait aussi les défendre.

La deuxième réalité à laquelle rappelle son évolution depuis janvier 2011 et que l’adjectif « islamiste » ne veut plus rien dire tant les forces politiques qu’il qualifie sont différentes et même divergentes, tant il n’y a rien de commun entre les illuminés sanguinaires de l’Etat islamique, les conservateurs musulmans au pouvoir en Turquie, les Frères musulmans égyptiens et, maintenant, Ennahda dont les dirigeants veulent ancrer dans la vie politique un parti conservateur, clérical et thatchérien mais nullement jihadiste.

Quant à la troisième réalité que nous rappelle la Tunisie elle est que la Syrie aurait parfaitement pu suivre la même voie qu’elle parce qu’elle avait des élites tout aussi larges, éclairées et démocrates que les siennes. Le drame est que ces élites, on les a laissé massacrer par une dictature sanguinaire et que le monde en paie désormais le prix qui a pour nom « l’Etat islamique », l’armée de barbares que l’on sait.

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