A côté, Mossoul n’est qu’un jeu d’enfants.

Raqqa le 17 octobre 2016
Raqqa le 17 octobre 2016 © Getty / The Washington Post

L’offensive contre Mossoul, place forte de Daesh en Irak, sera longue et difficile, on le sait, parce que les djihadistes y ont miné chaque mètre carré et tiennent en otage une population d’un million et demi d’habitants.

La libération de Mossoul relève du combat de rues, mais au moins ne pose-t-elle pas de vrais problèmes politiques puisque l’Irak a un gouvernement, menant cette offensive en coordination avec la coalition arabo-occidentale conduite par les Etats-Unis. Pour ce qui est, en revanche, de Rakka, de l’autre place forte de Daesh, syrienne cette fois-ci, les choses sont autrement plus compliquées.

Il faut aussi libérer cette ville afin que les djihadistes chassés de Mossoul ne puissent pas y regrouper leurs forces. Il faut libérer ces deux villes en même temps ou presque mais, à Rakka, le casse-tête n’est pas seulement militaire.

Il est avant tout politique et diplomatique puisque le régime syrien n’est plus qu’une des parties prenantes à la guerre ravageant ce pays, que les forces à même de libérer Rakka ne combattent pas seulement Daesh mais aussi le régime de Bachar al-Assad et qu’il y a trois armées étrangères présentes en Syrie, dans les airs ou au sol : la Russie, la Turquie et la coalition arabo-occidentale.

Prenons d’abord la Turquie. Elle est intervenue en Syrie car elle craint que n’y émerge un Kurdistan syrien indépendant dont la force d’attraction pourrait bien vite réveiller l’irrédentisme de ses propres Kurdes. En Syrie, la Turquie combat Daesh mais, avant tout, les Kurdes de Syrie et veut donc jouer les premiers rôles dans la libération de Rakka afin qu’elle ne soit pas due aux Kurdes syriens qui pourraient alors s’assurer le contrôle du nord du pays, de la zone longeant l’Anatolie, territoire turc mais peuplé de Kurdes.

Prenons maintenant la coalition. Elle ne veut pas avoir à intervenir au sol car les Américains ne veulent plus ramener de soldats morts du Proche-Orient. Les Américains ont dépêché des conseillers militaires autour de Rakka mais ils ne feront pas plus et doivent donc compter sur les forces locales, c’est-à-dire pas uniquement mais largement sur les Kurdes syriens. Or la Turquie est membre de l’Otan. C’est un allié des Etats-Unis qui ne souhaitent surtout pas la pousser dans les bras de la Russie et les Américains doivent ainsi la ménager, tout en armant et entraînant ses ennemis, les Kurdes syriens.

Pour ce qui est, enfin de la Russie, elle est devant un sérieux dilemme. D’un côté, elle ne peut pas contrarier la libération de la place forte syrienne des djihadistes car cela la placerait, de fait, aux côtés de Daesh. Ce ne serait guère tenable mais, d’un autre côté, elle ne peut pas laisser libérer Rakka par des forces de l’insurrection syrienne car cela démentirait tous ses dires sur le fait que l’insurrection et le djihadisme ne feraient qu’un et qu’il faudrait, à tout prix, soutenir et sauver le régime syrien.

A l’approche de cette offensive, la migraine des Russes est bien plus grande encore que celle des Américains.

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