L’opération américaine revendiquée par Donald Trump pose de nombreuses questions, tant sur les décisions américaines des dernières semaines que sur l’avenir des djihadistes privés de chef.

Abou Bakr al-Baghdadi
Abou Bakr al-Baghdadi © AFP / EyePress News / EyePress

L’annonce triomphale, hier par Donald Trump, de l’élimination d’Aboubakr El Bagdadi, l’homme très secret qui avait proclamé le Califat en 2014, pose un certain nombre de question. Retenons-en trois.

La première interrogation est la cohérence entre cette opération, minutieusement préparée et exécutée par les commandos américains, et le chaos des décisions de Donald Trump ces dernières semaines, concernant le nord de la Syrie. 

Si l’élimination du chef de Daech était un objectif si important, était-ce bien le moment de porter un tel coup aux alliés kurdes de la coalition pour satisfaire la seule Turquie ? Hier, Trump a reconnu que les Kurdes avaient joué un rôle important dans le renseignement qui a permis ce succès, ces mêmes Kurdes qu’il traitait avec désinvolture quelques jours plus tôt.

Dès hier soir, des sources militaires américaines expliquaient que la préparation de l’opération avait pu être menée malgré les décisions du Président, pas grâce à elles. Et selon le New York Times, Trump savait que l’opération était en préparation quand il a décidé de retirer ses troupes de Syrie.

Donald Trump a remporté une victoire incontestable dont il ne manquera pas de faire usage dans sa campagne électorale, mais un examen plus minutieux montre à quel point ses décisions sont erratiques.

Ma deuxième interrogation porte sur les retombées de cette opération dans la région. Dès hier, la Turquie s’est offusquée de voir le Pentagone valoriser le rôle des Kurdes syriens dans la préparation, et faire savoir que la Turquie n’avait joué aucun rôle.

La question est d’autant plus sensible qu’Aboubakr El Bagdadi se cachait dans une enclave syrienne toujours rebelle dans laquelle l’armée turque est très présente, ainsi que des groupes islamistes qu’elle contrôle. 

Au point que des analystes américains font le parallèle avec les rapports ambigus qu’entretenait Oussama Ben Laden avec les services secrets pakistanais, et qui ont fait que Washington n’a pas prévenu à l’avance le Pakistan de son raid contre le chef d’Al Qaida. Cette méfiance des militaires laissera des traces dans les relations américano-turques.

La carte régionale est d’autant plus complexe que le retrait annoncé des troupes américaines ne se fera finalement pas, le Pentagone a convaincu le président de laisser un contingent en Syrie. Une décision encore plus significative après la mort d’El Bagdadi, que ses partisans  pourraient chercher à venger.

Troisième question, évidemment, l’avenir de l’État islamique privé de chef, c’est la question-clé. Le mouvement djihadiste a successivement perdu les territoires qu’il contrôlait en Irak, puis en Syrie, et maintenant son chef. L’histoire récente incite à la prudence avant de conclure à la fin des djihadistes. Al Qaida a aussi perdu son leader mais n’a pas disparu, et c’est même de son sein -et des erreurs américaines en Irak- qu’est né Daech.

Les métastases du djihadisme sont loin d’être sous contrôle. Il suffit de voir comment il peut ressurgir au Sri Lanka ou au Sahel, ou dans l’acte isolé d’un individu n’importe où dans le monde.

Le djihadisme radical d’un côté, la révolution pacifique et laÏque libanaise de l’autre, sont les deux extrêmes d’un monde arabe toujours en quête d’un modèle politique. Les partisans de l’islam radical n’ont sûrement pas dit leur dernier mot.

L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.