Ils affichaient leur proximité avec le Président américain, mais ont beaucoup à perdre dans sa défaite éventuelle. Certains prennent leurs distances à la dernière minute, pour ménager l’avenir.

Donald Trump dans le bureau ovale de la Maison Blanche, le jour de l’annonce de l’accord entre Israël et le Soudan, le 23 octobre 2020.
Donald Trump dans le bureau ovale de la Maison Blanche, le jour de l’annonce de l’accord entre Israël et le Soudan, le 23 octobre 2020. © AFP / WIN MCNAMEE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

La scène se passe il y a quelques jours dans le bureau ovale de la Maison Blanche, où Donald Trump vient d’annoncer un accord entre Israël et le Soudan. Devant les caméras, le Président américain s’entretient par téléphone avec Benyamin Netanyahou, et lui tend une perche un peu grosse : « est-ce que Sleepy Joe aurait pu obtenir un tel accord, je ne crois pas », demande-t-il au premier ministre israélien – « Sleepy Joe », évidemment, c’est le surnom péjoratif dont il affuble son rival Joe Biden. Et là, surprise générale, Netanyahou esquive et bafouille qu’Israël est reconnaissant pour « tout ce qui vient des États-Unis ».

Que Benyamin Netanyahou, le chef de gouvernement étranger qui a sans doute le plus profité politiquement du mandat de Donald Trump, refuse d’accorder au candidat républicain ce coup de pouce qu’il lui demande à un moment difficile de sa campagne, Trump, visiblement, ne s’y attendait pas ; son visage se referme aussitôt.

Cette anecdote en dit long sur le climat dans la demi-douzaine de capitales qui se sont le plus « compromises » avec l’administration Trump, par opportunisme pour les uns, par conviction pour les autres ; et qui sentent le vent tourner. Elles ménagent aujourd’hui l’avenir qui pourrait prendre la forme d’une Présidence Biden.

Plus surprenant encore que Netanyahou, on trouve Vladimir Poutine, qui a tenu, dimanche, à prendre la défense de Joe Biden et de son fils Hunter. Vous vous souvenez que Donald Trump a fait des affaires de Hunter Biden en Ukraine la cible d’une campagne destinée à discréditer son rival. C’est même cette manoeuvre qui a été à l’origine de la tentative de destitution du Président américain.

Or voici le Président russe, l’homme qu’on accuse d’avoir favorisé l’élection de Donald Trump en 2016, qui dit publiquement qu’il n’y a rien à reprocher à Joe Biden ou à son fils, en Ukraine comme en Russie. 

Le plus extraordinaire est qu’il tienne à le faire savoir. Personne n’attendait une déclaration de Poutine, or voilà qu’il choisit au dernier moment de « tuer » l’argument de Trump ; alors qu’une déclaration dans l’autre sens aurait été du miel pour sa campagne !

Ces dirigeants sentent le vent tourner, et en cas de victoire de Joe Biden, il ne sera pas dit qu’ils auront travaillé contre lui dans la dernière ligne droite. 

D’autres dirigeants préfèrent se faire oublier, comme Boris Johnson, qui a lié son image, et une partie de sa stratégie, à la bonne fortune du Président américain. Aujourd’hui, Johnson se tait, il sait qu’une défaite de Trump sera analysée comme la sienne.

Enfin, il y a tous ceux qui restent fidèles à leur engagement, comme le premier ministre hongrois Viktor Orban, qui appelle à voter Trump ; tout comme son homologue de Slovénie : c’est après tout le pays natal de Melania Trump…

En cas de défaite, il y a aura donc quelques « orphelins de Trump », des dirigeants étrangers qui savent ce qu’ils avaient à gagner dans le monde dysfonctionnel de Donald Trump ; ils savent aussi qu’ils y perdront dans celui, encore hypothétique et flou, de Biden.

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