Peut-il en sortir quelque chose ? Cette idée d’une Conférence internationale sur l’Irak que les Etats-Unis ont relancée, samedi, après s’y être si longtemps opposés prend incontestablement corps. Ni son lieu ni sa date ne sont fixés. Son ordre du jour l’est encore moins mais cette réunion devrait, pourtant, se tenir dès novembre, si ce n’est le mois prochain, car Georges Bush en a besoin dans sa campagne électorale et que la crise irakienne est devenue trop inquiétante pour que quiconque refuse de s’associer à la recherche d’une solution concertée. Le train se met en marche mais comment faire pour que cette improvisation ne serve pas à rien ? Pour éviter que le monde n’avoue là son impuissance devant le chaos suscité par cette guerre ? C’est toute la question mais la certitude est qu’on y parviendra pas sans tracer les chemins de l’espoir, proposer des solutions, ouvrir, en un mot, des perspectives politiques qui puissent, petit à petit, s’imposer à tous. Au point où en est, il est simplement illusoire de vouloir ramener la paix en Irak comme si rien ne s’y était passé. Depuis la première du Golfe, en bientôt quinze ans, les Kurdes, tout le Nord du pays, se gouvernent seuls et n’ont aucune envie de retomber sous l’autorité d’un gouvernement central, quand bien même ne serait-il plus sunnite mais chiite. Depuis la chute de Saddam, les chiites, tous les chiites, les plus modérés comme les plus radicaux, soixante pour cent de la population irakienne, espèrent, eux, prendre les commandes en faisant jouer la loi de la majorité. Rien ne le fera maintenant abandonner cet espoir mais les sunnites, après avoir si longtemps gouverné l’Irak, ne sont pas prêts à renoncer à leur pouvoir perdu. C’est la raison pour laquelle tant d’entre eux ont basculé dans la violence et se drapent dans l’islamisme. Les faits sont là. L’Irak a d’ores et déjà éclaté et si le chaos actuel s’amplifie, si le pays plongeait vraiment dans la guerre civile et que les Etats-Unis finissaient par s’en retirer, c’est toute la région qui risquerait de s’embraser car toutes les frontières du Proche-Orient seraient ébranlées par une partition de son centre historique et géographique. Au point où en est, ni cette partition ni la reconstruction d’un Etat centralisé ne sont envisageables. La seule chose qui le soit est une fédéralisation de l’Irak, trois cantons autonomes, kurde, sunnite et chiite, une capitale commune, Bagdad, où les trois populations coexistent inextricablement et un partage équitable des revenus pétroliers, seule vraie richesse du pays et seul ciment possible d’une indépendance dans l’interdépendance. A part les Kurdes, personne n’accepterait aujourd’hui cette solution mais, à terme, chacun s’apercevra qu’elle s’impose et, d’abord, les Américains auxquels elle offrirait une porte de sortie. C’est dès maintenant, sans plus tarder, qu’il faut avancer cette idée, inviter à y réfléchir. Cette Conférence internationale pourrait en être l’occasion.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.