Il s’est excusé. A quatre jours d’élections municipales qui sont devenues, de fait, un référendum sur son avenir politique, Ferenc Gyurcsany, le Premier ministre hongrois, s’est excusé de la brutalité des mots qu’il avait employés en reconnaissant avoir menti sur l’état des finances publiques pour se faire réélire au printemps dernier. Je voulais seulement, a-t-il dit, réveiller les députés de mon parti pour qu’ils en viennent aux réalités, au courage de prendre les mesures d’austérité nécessaires à la réduction des déficits. C’est vrai. C’était effectivement son objectif mais avec l’indignation suscitée par ces mots, la grande question, à Budapest, est de savoir quel est le moindre mal - s’il faut souhaiter que la page se tourne pour que la tempête politique ne compromette pas plus l’économie nationale ou s’il faut souhaiter, au contraire, que les socialistes cèdent la place à l’opposition, pour que leurs mensonges soient sanctionnés, par l’alternance, comme cela devrait être la norme dans toute démocratie ? C’est un débat entre le cours et le moyen terme car, même si la page se tourne – ce qui n’est pas certain mais pas impossible – le malaise révélé par cette crise est extrêmement profond. De droite, de gauche, d’extrême droite, ce qu’ont dit les manifestants, c’est que, depuis le départ des Soviétiques, la Hongrie serait soumise à une nouvelle domination étrangère, celle des multinationales. Ce mensonge n’aura finalement été qu’un détonateur, la désillusion de trop, car il est vrai que, si démocratique, dynamique, prometteuse que soit devenue la Hongrie, elle n’appartient plus guère aux Hongrois et que beaucoup y vivent mal. L’autre soir, dans ce petit groupe de discussion qu’avait formé la présence d’un journaliste français, tout le monde parlait en même temps, voulait vider son sac, mais ce qui revenait sans cesse c’était les privatisations qui ont « offert la Hongrie aux investisseurs étrangers et aux anciens communistes » ; l’eau, l’énergie, les commerces, l’aéroport de Budapest qui « ne sont plus hongrois »; les licenciements et, surtout, « ces élites politiques qui n’ont pas changé avec le changement de régime car les fils, disait ce jeune prof, ont succédé aux pères avec des étiquettes différentes ». Il visait, bien sûr les communistes rebaptisés socialistes et devenus libéraux, et tout cela, la nation dominée, la main de l’étranger, les communistes toujours là mais masqués, cette théorie du complot qui vient se plaquer sur des réalités tenant tout simplement aux faits que la Hongrie est petite et que tout a changé depuis la chute du Mur, communistes compris, constitue de l’or en barre pour l’extrême droite. Elle n’a pas été plébiscitée par cette révolte mais elle a, soudain, droit de cité, force politique parmi d’autres, avec une frontière qui s’effrite entre elle et la droite. La libéralisation économique, sa brutalité même, ont permis aux anciens pays communistes de re-décoller mais, après le prix social, le prix politique pourrait être lourd.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.