L’Ukraine vote dimanche. Avec une superficie plus étendue que la France et près de 50 millions d’habitants, c’est l’un des plus grands pays du continent Europe et de loin le plus compliqué. Ancienne république soviétique, l’Ukraine, c’est deux pays en un, une Ukraine occidentale qui regarde vers l’Ouest, parle ukrainien et dont l’Eglise « uniate » est rattachée à Rome, et une Ukraine orientale, russophone, orthodoxe, liée au Patriarcat de Moscou et qui ne veut pas rompre ses liens séculaires avec la Russie. L’Ukraine a donc un échiquier politique éclaté avec, d’une part, un parti pro-russe, le Parti des régions de Viktor Ianoukovitch et, de l’autre, un camp pro-occidental, celui de la Révolution orange de 2004, qui fut unie mais que divisent de graves rivalités entre le Président en place, Viktor Iouchtchenko, et l’ancien Premier ministre, Ioulia Timochenko. A en croire les sondages, aucun des ces trois courants ne devrait obtenir une majorité suffisante pour gouverner à lui seul. Les frères ennemis de la révolution orange viennent de jurer hier qu’ils réuniront leurs forces pour former un gouvernement mais tout dépendra, en fait, des résultats. La confusion est d’autant plus profonde en Ukraine que les vrais maîtres du jeu sont les grands patrons des conglomérats privés, financiers des campagnes et rois de la corruption. Au cœur de l’Europe, entre l’Union européenne et la Fédération de Russie, un grand pays balance, en plein boom économique, potentiellement prospère mais encore misérable et menacé d’un total chaos politique. Cela, c’est la photo de la situation mais le problème ukrainien est, en réalité, d’une extrême simplicité. Tous les Ukrainiens, ceux de l’ouest comme de l’est, souhaitent s’arrimer à l’Union européenne. Tous savent qu’ils ne pourront pas en devenir membres avant longtemps, que l’Union n’est pas prête à intégrer un si grand pays déchiré par de si grands problèmes, mais tous sont disposés à parcourir ce chemin par étapes, d’accords en accords, et à se contenter même, pour plusieurs décennies, d’un lien privilégié qui n’irait pas jusqu’à l’adhésion. Tous le souhaitent car l’Ukraine est d’évidence un pays européen et que ses intérêts économiques sont à l’ouest mais l’Ukraine est, en revanche, divisée par la question d’une entrée dans l’Otan. L’Ukraine occidentale la souhaite par méfiance de la Russie. L’Ukraine orientale la refuse car elle ne veut pas rompre avec la Russie qui ne veut pas voir l’Alliance atlantique camper à sa frontière. L’Ukraine pourrait aisément trouver un consensus si l’Union lui tendait la main et s’opposait, dans le même temps, à cette extension de l’Otan à laquelle les Etats-Unis poussent. L’Ukraine pourrait alors devenir un pont entre les deux Europe, un facteur de stabilité et non plus d’instabilité, mais le problème est que l’Union n’a pas encore de politique étrangère, qu’elle n’est toujours pas un acteur de la scène internationale, ni même européenne. Elle ne sait pas décider et risque d’en payer le prix, à ses frontières.

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