Même éclatante, une victoire peut cacher une défaite. Les démocrates-chrétiens de la CDU/CSU sont sortis des législatives d’hier premier parti d’Allemagne. Leur très populaire chef de file, Angela Merkel, est reconduite à la chancellerie mais, avec moins de 34% des voix, ils n’en ont pas moins enregistré, comme les sociaux-démocrates, leur plus mauvais score depuis 1949. Toute une partie de la droite leur a préféré les libéraux du FDP, l’ancien parti centriste et charnière de l’échiquier allemand devenu tenant d’une droite à la fois moderne et parfaitement orthodoxe, dans l’air du temps en matière de mœurs puisqu’elle était conduite par un homosexuel déclaré mais avocate résolue du moins d’impôts, du moins d’Etat et du moins de dette. Droite sans complexe et aucunement traditionaliste, ce nouveau FDP a su séduire en même temps les milieux patronaux et la jeunesse conservatrice. Il a atteint près de 15% de voix, score inespéré pour lui, et ainsi donné un sérieux coup de vieux aux démocrates-chrétiens qui, de par leurs racines religieuses, sont en même temps plus sociaux et beaucoup plus attachés à un puritanisme en voie de désuétude. Au-delà de leur victoire, les démocrates-chrétiens sont en perte de vitesse, débordés par un petit parti qui devient grand. Ils ont, en un mot, perdu leur monopole sur la droite allemande, exactement comme les sociaux-démocrates ont perdu le leur sur la gauche en raison, aussi bien, de la Grande coalition qu’ils avaient constitué avec les démocrates-chrétiens que de la réduction de la protection sociale à laquelle ils avaient procédé sous Gerhard Schröder. Grand perdant d’hier avec quelques 23% des voix, le SPD a cédé, lui, du terrain non seulement aux Verts qui passent pour la première fois le seuil des 10% mais surtout à Die Linke, La Gauche en français, parti formé d’anciens communistes d’Allemagne de l’est, de syndicalistes et de déçus de la social-démocratie qui a remporté plus de 12% des voix – score qui va autant inquiéter, en France, les socialistes qu’encourager les gauches de la gauche. Les grands partis sont en recul. Les petits ont le vent en poupe et au total, à gauche comme à droite, c’est à une radicalisation et une polarisation de l’électorat allemand qu’on assiste aujourd’hui. Ni les droites ni les gauches des autres pays de l’Union ne pourront ignorer ces attentes de leurs électorats respectifs. Ce vote traduit l’essoufflement général des grands courants politiques européens, une quête de neuf que l’on sent partout dans l’Union, mais c’est sur la relation franco-allemande que ces résultats vont le plus immédiatement peser. Dès lors que les libéraux vont gouverner avec les démocrates-chrétiens, l’Allemagne va se monter plus sourcilleuse encore sur les déficits publics et exigera de ses partenaires, la France au premier chef, qu’ils le soient autant. Entre Paris et Berlin, il risque d’y avoir, là, une sérieuse pomme de discorde et Angela Merkel et Nicolas Sarkozy devraient donc avoir à cœur d’accélérer le rapprochement entre la France et l’Allemagne qu’ils préparent, dans la plus grande discrétion, depuis de longs mois.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.