Sans doute en sortira-t-il, un jour, un nouvel ordre mais, pour l’heure, le monde est un chaos. Ce n’est pas seulement qu’il n’y ait plus de grandes puissances assez fortes pour lui donner une direction claire mais aussi qu’il n’y a plus d’hommes d’Etat, de grands courants de pensée ou de forces politiques d’une influence assez grande pour structurer le débat international.

Affaiblis par leur endettement et leur désindustrialisation, revenus d’aventures extérieures dont ils ne songent plus qu’à se dégager, les Etats-Unis ne sont plus en situation d’imposer leur volonté à quiconque. Leur désarroi est si patent que les deux anciennes grandes puissances du 19ième siècle, la France et la Grande-Bretagne, ont pu en profiter pour revenir sur le devant de la scène avec l’opération libyenne mais, quel qu’en ait été le succès, personne ne voit Londres et Paris reprendre les commandes planétaires.

L’Union européenne aurait pu le faire mais elle s’essouffle et se perd dans ses crises financières, ses méandres institutionnels, la méfiance toujours croissante qu’elle suscite chez ses propres citoyens et, surtout, dans le refus de ses Etats de céder le pas à un exécutif fédéral, seul à même de l’affirmer économiquement et politiquement dans un monde où les puissances moyennes ne peuvent plus guère compter. Sur les deux rives de l’Atlantique, l’Occident est en recul. La Russie ne se remet pas de la perte de son empire. La Chine est bien trop occupée à gérer ses contradictions internes avant qu’une crise sociopolitique ne l’ébranle pour déjà devenir un acteur mondial.

Il n’y a pas, en ce début de siècle, de puissance décisionnelle, pas même de camps organisés, et les grands courants de pensée n’ont plus d’emprise sur les esprits. Le rêve communiste s’est écroulé, victime des crimes commis en son nom et de la faillite des économies dirigées. Après avoir remodelé le monde durant trente ans, le libéralisme mord la poussière parce qu’il a créé trop d’inégalités et que le krach de 2008 n’a que trop bien montré les dangers de la dérégulation économique et du désengagement des Etats. Le keynésianisme, du coup, revient à la mode mais reste encore bien loin de reprendre la main.

La période souffre d’un vide conceptuel et cette double absence de puissances et de pensée dominantes interdit, logiquement, l’émergence d’hommes d’Etat capables d’ouvrir de nouveaux horizons. Les diagnostics de Barack Obama étaient bons. Il a su sauver l’économie américaine d’une vraie faillite et sortir les Etats-Unis de l’impopularité absolue dans laquelle Georges Bush les avaient plongés mais n’a pas su redonner confiance en l’Amérique, pas plus aux Américains qu’au reste du monde. Ni l’énergie de Nicolas Sarkozy ni sa réelle et très sûre réactivité sur la scène internationale n’empêchent qu’il reste l’homme d’un tête-à-queue vertigineux et brouillon entre la rupture libérale et la volonté régulatrice. A la tête d’une puissance ressuscitée, centrale et appuyée sur une industrie en tous points remarquables, la chancelière allemande ne sait pas quoi faire du poids de son pays et déçoit partout par ses hésitations et ses contradictions. Qui d’autre ? Personne d’autre pour piloter un monde à la dérive.

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