C’était un discours étonnamment retenu. Alors que tout laissait penser que le Premier ministre israélien allait encore hausser le ton, hier, contre l’Iran devant l’Assemblée générale des Nations-Unies, il s’y est contenté de plaider une fois de plus en faveur de cette « ligne rouge » qu’il voudrait voir le monde, autrement dit les Etats-Unis, fixer à la République islamique afin de la dissuader de poursuivre son programme nucléaire.

Cela ne signifie pas forcément que Benjamin Netanyahou ait renoncé à faire bombarder les sites nucléaires iraniens mais, le matin même, son vice-ministre des Affaires étrangères, Danny Ayalon, avait déclaré que les positions d’Israël et des Etats-Unis sur la question iranienne « se rapprochaient » et estimé, dans le même souffle, que les sanctions économiques internationales avaient mis l’Iran « au bord de la faillite ».

C’était la première fois qu’un dirigeant israélien reconnaissait une efficacité à ces sanctions sur lesquelles les Occidentaux continuent de tabler pour ramener le régime iranien à la raison. C’est une évolution de taille, effectivement susceptible de réduire les divergences d’appréciation entre Benjamin Netanyahou et Barack Obama et cette évolution n’est pas infondée.

Au début de l’été, les exportations de pétrole iraniennes s’étaient réduites à 800 000 barils par jour contre 2,3 millions de barils dans les mêmes mois de 2011. Pour un pays dont les exportations pétrolières assurent près de la moitié des ressources budgétaires, il s’agit là d’un recul catastrophique dont les effets sont spectaculaires puisque la devise iranienne s’écroule au moment où l’Iran doit, de surcroît, financer la répression en Syrie, que le chômage augmente au point de multiplier les protestations sociales, que les salaires accusent des retards de paiement et que l’inflation, de 22% officiellement, échappe à tout contrôle.

La situation est telle que le Guide suprême, Ali Khamenei, premier personnage du régime, parle maintenant de la nécessité d’une « économie de résistance » et que la scène politique iranienne est plus troublée que jamais. L’actuel président de la République, Mahmoud Ahmadinejad, l’ancien protégé du Guide dont le mandat s’achève en juin et auquel la Constitution interdit d se représenter, est si clairement en disgrâce que son conseiller de presse a été arrêté mercredi pour avoir, dit-on, « insulté le Guide ».

La page Ahmadinejad se tourne. Les conservateurs qui prétendent à sa succession cherchent l’appui du Guide suprême et, signe du flottement général au sommet de la théocratie, Akbar Hachémi Rafsandjani, ancien président de la République marginalisé pour avoir montré une sympathie à l’égard des manifestations démocratiques de 2009, revient sur le devant de la scène.

Le mois dernier, à l’occasion du sommet des non-alignés qui s’était tenu à Téhéran, on l’avait vu assis aux côtés du Guide. Si la nécessité l’imposait, il pourrait devenir l’homme d’une ouverture intérieure et extérieure mais, pour l’heure, histoire de ne pas trop lui lâcher la bride, son fils et sa fille, des opposants notoires, viennent d’être tous deux jetés en prison. Ce régime paraît ne plus savoir à quel saint se vouer et cela nourrit l’espoir d’un incertain compromis.

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