Où l'on voit qu'il n'y a pas de fatalité à ce que les Allemands refusent les propositions d'Emmanuel Macron

On peut vouer aux gémonies le discours d’Emmanuel Macron. Il est logique que les souverainistes le fassent puisqu’ils ne voient de salut que dans le retour aux Etats nations et que le président de la République appelait, mardi, à un approfondissement de l’unité européenne. On peut aussi applaudir à ce discours et il est logique que les partisans de l’unité le fassent mais il y a une troisième réaction qui est, elle, totalement incompréhensible.

« Ça ne marchera pas. Ce ne sont que des mots, a-t-on également entendu, car les Allemands ne suivront pas ». Ah bon ?…

Mais qu’est-ce qui le prouve, d’abord, et depuis quand, surtout, la France devrait-elle s’interdire de proposer des objectifs à ses partenaires européens au motif que ce ne serait pas ceux de l’Allemagne ? Depuis quand un pays, la France ou un autre, n’aurait-il plus le droit, et même le devoir, de défendre des idées qui lui soient propres parce que tout le monde ne les partage pas et pour la seule raison, en l’occurrence, que l’un des trois partis susceptibles d’entrer dans la nouvelle coalition gouvernementale de Mme Merkel n’est pas convaincu de leur pertinence et y voit une « ligne rouge » ?

Indispensables à la constitution d’une majorité parlementaire à Berlin, les libéraux du FDP refusent, c’est un fait, que la zone euro soit dotée d’un budget car ils craignent, expliquent-ils, que cet argent ne serve à combler les déficits de la France ou de l’Italie, aux frais des contribuables des autres Etats membres et donc de l’Allemagne.

Si c’était l’objectif, ils auraient raison mais ce que propose la France est que ce budget de la zone euro lui serve à financer des investissements communs et profitables à tous. Ce n’est pas du tout la même chose et l’on peut donc parfaitement imaginer qu’après explications et garanties données, le FDP se rallie à cette idée en se targuant d’avoir paré tout danger. C’est d’autant moins impossible que les démocrates-chrétiens de Mme Merkel et les Verts, les deux autres des trois partis de la future coalition, ne sont pas hostiles et mêmes très favorables pour ce qui est des Verts à la proposition française.

Il y a une bataille d’idées à mener. Seuls les pleutres n’en mènent pas. Elle n’est en rien perdue d’avance et le plus sûr moyen de ne pas la gagner est de ne pas l’ouvrir, devant les opinions, les partis et les gouvernements européens, devant tous ceux qui feront, au bout du compte, une décision qui ne dépend pas que du petit FDP.

C’est ce que le président de la République a commencé à faire mardi mais peut-il gagner ? Sans doute pas sur tout. On verra et les sceptiques devraient méditer, en attendant, cette phrase de Jean Monnet : «Je ne suis pas optimiste. Je suis déterminé ».

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