Les deux millions d’habitants de cet Etat issu de l’ex-Yougoslavie votent dimanche pour changer le nom de leur pays, réglant ainsi un vieux conflit avec la Grèce. Une victoire du « Oui » aiderait à stabiliser la région des Balkans encore marquée par les guerres des années 90.

Partisans du « Oui » au référendum sur le changement de nom, agitant les drapeaux macédonien et européen le 16 septembre 2018 à Skopje.
Partisans du « Oui » au référendum sur le changement de nom, agitant les drapeaux macédonien et européen le 16 septembre 2018 à Skopje. © AFP / Robert ATANASOVSKI / AFP

Les deux millions d’habitants de cet Etat issu de l’ex-Yougoslavie votent dimanche pour changer le nom de leur pays, réglant ainsi un vieux conflit avec la Grèce. Une victoire du « Oui » aiderait à stabiliser la région des Balkans encore marquée par les guerres des années 90.

L’enjeu peut sembler dérisoire : il s’agit de changer le nom du pays… Mais la poussée de fièvre provoquée par le référendum qui se tient dimanche en Macédoine n’est pas anodine : elle est le reflet de blessures historiques qui font des Balkans une zone toujours instable aux confins de l’Union européenne.

SI le oui l’emporte dimanche, une des nombreuses sources de cette instabilité pourrait s’estomper. 

Depuis bientôt trois décennies, la Macédoine et la Grèce sont en effet en conflit autour du nom de ce territoire issu de l’ex-Yougoslavie, devenu indépendant en 1991. Athènes s’opposait à ce que ce pays s’appelle la Macédoine, redoutant des visées expansionnistes sur la province grecque du même nom. 

La République ex-yougoslave de Macédoine et la province grecque de Macédoine
La République ex-yougoslave de Macédoine et la province grecque de Macédoine © AFP / Vincent LEFAI, Kun TIAN / AFP

Depuis 1991, le pays s’appelle du nom barbare de « République ex-yougoslave de Macédoine ». Et Athènes mettait son véto à toute velléité de Skopje de demander son adhésion à l’UE ou à l’Otan. 

Finalement, la raison l’a emporté, et les actuels gouvernements de Grèce et de Macédoine se sont entendus sur un compromis : « République de Macédoine du nord », pour bien distinguer l’Etat de la province grecque du même nom.

Mais ce n’est pas aussi simple. Les nationalistes des deux côtés crient à la trahison. En Grèce, d’immenses protestations ont été organisées, et le premier ministre Alexis Tsipras est vilipendé par les opposants, parmi lesquels le compositeur Mikis Theodorakis, 92 ans, ancienne figure de la lutte contre la dictature.

En Macédoine, c’est plus complexe encore. Le Président Gjorge Ivanov a appelé à boycotter le référendum organisé par le premier ministre Zoran Zaev, ça n’est pas banal.

Plus complexe aussi en raison de la question posée, qui lie le nouveau nom à une adhésion du pays à l’Europe et à l’Otan, gages de prospérité et de sécurité. Impossible donc de se prononcer contre le changement de nom sans bloquer la route de Bruxelles.

Le « Oui » devrait l’emporter, si l’on en croit les sondages, mais l’incertitude demeure sur la participation, qui doit être de 50% pour être valable. Or l’appel au boycott du Président fragilise le processus.

Si la Macédoine ne compte que deux millions d’habitants et n’est pas plus grande que deux départements français, l’enjeu dépasse le cadre de ce territoire. 

Près de trois décennies après l’éclatement de la Yougoslavie dans une guerre terrible, la région reste instable. Si la Slovénie et la Croatie sont entrés dans l’UE, les autres Etats en sont encore loin, même si Bruxelles a défini cette année une stratégie pour les accompagner.

Les foyers de tension restent nombreux, comme le Kosovo toujours pas reconnu par la Serbie, ou la Bosnie-Herzégovine en proie à des forces centrifuges. Sans compter les convoitises des puissances extérieures, Russie, Chine, Turquie et l’Otan, tous y voient un terrain de jeu de leurs ambitions et de leur influence. D’où l’intérêt à voir la Macédoine, même du nord, se stabiliser.

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