En quelques semaines, le paysage international a beaucoup changé. Quelles que soient les tensions et incertitudes qui la suivront immanquablement, la chute du colonel Kadhafi, d'abord, est venue offrir une nouvelle victoire, la troisième en huit mois, à ce printemps qui n’en finit plus de bouleverser le monde arabe.

Ce n’est pas seulement que la Libye s’est débarrassée d’un tyran fantasque et sanguinaire. C’est surtout que les manifestants syriens ont trouvé là une raison de plus d’espérer faire tomber à leur tour leur propre tyran. Comme la Tunisie avait galvanisé l’Egypte qui avait elle-même galvanisé le Yémen, la Libye, Bahreïn et la Syrie, les insurgés libyens ont maintenant encouragé les Syriens à persévérer dans leur lutte, à continuer à faire preuve de ce courage inouï qui les fait descendre, jour après jour, dans la rue alors même qu’ils savent qu’on leur tirera dessus, que les blessés seront achevés et les prisonniers torturés.

Si le colonel Kadhafi l’avait emporté, la Syrie aurait pu se décourager mais, depuis une semaine, elle se dit au contraire que même seule, sans protection étrangère, elle finira par gagner et sans doute n’a-t-elle pas tort car il n’y a pas que ce nouveau précédent pour l’en convaincre. Hier encore proche de Bachar al-Assad, la Turquie vient de déclarer, par la voix de son président, qu’elle n’avait « plus confiance » en lui et que tout ce qui pourrait désormais être fait serait « trop tard et trop peu ». La Ligue arabe, l’ensemble des pays arabes, a parallèlement appelé le régime syrien à « mettre fin au bain de sang et s’en remettre à la raison avant qu’il ne soit trop tard ». Plus spectaculaire encore, l’Iran dont la Syrie est pourtant l’unique alliée, une alliée essentielle, exprime aujourd’hui le souhait que Bachar el-Assad respecte « les revendications légitimes » de son peuple.

Les régimes de la région se sont, autrement dit, convaincus que le pouvoir syrien était fragilisé et, tandis que les uns s’en réjouissent, les autres tentent de préserver leurs positions dans ce pays en commençant d’apporter un appui politique aux manifestants. On ne voit plus comment ce pouvoir pourrait se maintenir sans se résoudre à de vraies et dangereuses concessions. Ce sont tous les équilibres régionaux qui pourraient bientôt être bouleversés et, deuxième grand changement de l’été, le rôle de l’Europe a été là décisif.

Ce sont les deux puissances politico-militaires de l’Union, la France et la Grande-Bretagne, qui avaient arraché au Conseil de sécurité et, notamment aux Etats-Unis, la résolution autorisant d’interdire le ciel libyen à l’aviation du colonel Kadhafi. Ce sont elles qui ont sauvé Benghazi, permis la victoire des insurgés et ainsi permis à l’Europe de s’affirmer, à travers elles, en acteur autonome de la scène internationale.

C’était une première, un coup de poker réfléchi, réussi et d’autant plus marquant que, parallèlement, dans les crises, l'incertitude et la confusion, l’Union européenne tend toujours plus à se doter de politiques économiques communes qui, d’un sommet à l’autre, conduisent, de fait, à une fédéralisation de la zone euro. L’Europe et le Proche-Orient viennent de beaucoup bouger.

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