Moins publiquement que le nucléaire ou la publicité sur les chaînes publiques, c’est un débat qui avait divisé la majorité. Les uns disaient que, non, le président de la République ne pouvait pas se rendre en octobre au sommet de la Francophonie car il se tiendra en République démocratique du Congo, pays de violences et de non-droit dont la dernière présidentielle fut totalement frauduleuse. Ce serait cautionner ce régime, disaient-ils tandis que d’autres rétorquaient que la France ne pouvait pas boycotter un sommet de la Francophonie et que, oui, François Hollande devait donc se rendre à Kinshasa, quoi qu’il y ait à dire sur Joseph Kabila, l’homme qui l’y recevra.

Passionné, ce débat fut longtemps incertain mais le chef de l’Etat l’a tranché lundi dans son discours devant la conférence annuelle des ambassadeurs. Il ira bien au sommet de la francophonie. Il sera le 13 octobre en RDC et c’est heureux pour trois raisons.

Valable dans ce cas comme dans bien d’autres, la première est que les démocraties ne sont pas majoritaires dans ce monde même si leur nombre y progresse, que les régimes les plus détestables sont légion et qu’on ne peut pas plus ignorer l’immense RDC que la Chine, la Russie que l’Arabie saoudite, l’Iran que le Kazakhstan ou bien d’autres pays. L’économie, l’énergie, les rapports de force internationaux, la permanente et nécessaire recherche de compromis aussi commandent de prendre le monde tel qu’il est parce que ce n’est pas en boudant qu’on peut le changer et qu’il est illusoire de croire qu’on amenderait les tyrans ou les ferait tomber en ne leur parlant pas.

La deuxième raison pour laquelle François Hollande n’a pas eu tort de faire ce choix est que l’alternative n’est pas entre boycott et complaisance. On peut parfaitement maintenir et entretenir des relations d’Etat à Etat avec un pays tout en critiquant son régime. Les Etats-Unis le font en publiant tous les ans un rapport du département d’Etat, leur ministère des Affaires étrangères, sur la situation des droits de l’homme, pays par pays et alliés compris. François Mitterrand l’avait fait en rendant hommage à Andreï Sakharov alors qu’il était reçu au Kremlin. Jean-Paul II avait lancé « J’étais en prison et vous êtes venus à moi » sitôt qu’il avait posé le pied dans la Pologne de l’état de guerre en 1983 et, lorsque François Hollande annonce qu’il réaffirmera à Kinshasa que « la Francophonie ce n’est pas seulement une langue en partage, c’est aussi une communauté de principes et d’idéaux dont le rappel est nécessaire à chaque occasion, notamment en République démocratique du Congo », on ne voit pas ce qui devrait faire penser qu’il ne le fera pas ou que ce serait impossible et encore moins inutile aux démocrates congolais.

Quant à la troisième raison pour laquelle ce choix s’imposait, elle est que la Francophonie et donc l’Afrique au premier chef sont indispensables à la France car c’est elles, tout autant que son appartenance à l’Union européenne, qui lui permettront de continuer à peser dans un monde qui sera toujours plus fait de grands ensembles. En 2050, 80% des francophones seront africains. L’avenir de la France est tout autant en Afrique que dans l’union de l’Europe.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.