François Hollande va donc proposer une réunion au sommet, un sommet extraordinaire de la zone euro. Il l’a annoncé hier devant la conférence annuelle des ambassadeurs de France réunie jusqu’à ce soir à Paris. C’est dès ce week-end qu’il soumettra cette idée au Conseil européen, l’assemblée des chefs d’Etat et de gouvernements de l’Union, et cette réunion aura lieu car aucune des capitales européennes ne pourrait aujourd’hui refuser de débattre des problèmes – chômage, stagnation économique et danger de déflation – auxquels sont maintenant confrontés tous les pays de la monnaie unique, Allemagne comprise. Un débat va ainsi s’ouvrir sur les deux points qui tiennent le plus à cœur au président français : la nécessité d’investissements européens massifs permettant de relancer la croissance et celle, aussi, d’une « compatibilité » (c’est son mot) entre les difficultés de la situation économique et le rythme de réduction des déficits budgétaires. Sur le premier de ces dossiers, l’accord se fera. Il est pratiquement acquis puisque le futur nouveau président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, s’était fait adouber, avant l’été, sur une promesse d’investissements de 300 milliards d’euros dans les infrastructures, la recherche et les industries d’avenir, que personne ne nie plus qu’il y ait là un besoin pour l’Europe, que l’agent nécessaire peut être mobilisé dans des partenariats entre le public et le privé et que le ministre allemand des Finances, le démocrate-chrétien Wolfgang Schäuble, a clairement redit hier à Paris son soutien au plan Juncker. Comme le souhaitaient depuis longtemps la France, nombre des capitales de l’Union et l’écrasante majorité du Parlement européen, gauche, verts, centristes et toute une partie de la droite aussi, la zone euro va donc enfin se décider à accompagner l’effort de réductions des déficits publics conduit par chacun des Etats d’investissements communs visant à une relance commune. Beaucoup de choses en changeront dans la zone euro car les investissements d’avenir ne sont pas qu’une question de long terme. Ils ont de rapides effets sur l’activité, l’emploi et la demande. Sous une douzaine de mois, c’est de l’oxygène qui va être insufflé aux économies de la zone euro mais pour ce qui est, en revanche, du ralentissement du rythme de réduction des déficits, le consensus n’est pas là. Bien que personne ne propose d’abandonner les objectifs de rééquilibrage des comptes publics et de renforcement de la compétitivité des entreprises européennes, bien que cela vienne d’être spectaculairement confirmé par l’évolution de la politique intérieure française, l’Allemagne et les plus orthodoxes des pays européens demeurent méfiants. Ils craignent une tentation laxiste. Ils craignent que la réduction des déficits nationaux ne soit remise aux calendes grecques. Les garanties nécessaires et le consensus sont encore à trouver mais ils se trouveront, forcément, car le fait est que la situation économique ne permet pas de tenir les délais prévus et que cette réalité est simplement incontournable.

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