La France, tout l’indique, va prendre un tournant. Très frileuse sur l’Europe depuis que Jacques Chirac avait succédé à François Mitterrand, la France s’apprête maintenant à reprendre l’offensive dans l’Union, à avancer des idées, en débattre avec ses partenaires et à aller de l’avant avec qui voudra le faire avec elle et, d’abord, avec l’Allemagne. La France en ressent le besoin car elle est aujourd’hui, placée, comme tous ses partenaires, devant une alternative qu’elle refuse, celle de tenter d’agir en solitaire et de courir ainsi à l’échec, à la simple posture, car aucun des Etats européens ne peut peser à lui seul sur la scène internationale ou d’attendre, pour se faire entendre, de réunir l’unanimité des vingt-cinq Etats de l’Union, autant dire renoncer à toute politique étrangère. La solitude n’est pas jouable, l’unanimité est un rêve. Pour échapper à cette paralysie, il n’y a donc qu’une possibilité. Il faut accepter, disent maintenant les dirigeants français, que l’Europe élargie soit avant tout une communauté économique permettant un développement solidaire, accepter le fait que l’Union n’est encore ni capable ni désireuse de s’affirmer à vingt-cinq sur la scène internationale mais susciter, en attendant, l’unité de tous ceux qui veulent, déjà, aller plus avant. Cela pourra se faire au coup par coup, sur tel projet ou telle politique. Cela pourra se faire aussi sur le long terme, avec des avant-gardes souhaitant se constituer, pour agir de concert, en sous-ensembles ouverts à tous ceux qui voudraient, un jour, les rejoindre. D’ores et déjà, tous les Etats de l’Union ne font pas partie de l’union monétaire. Il y a un euroland à l’intérieur de l’Union européenne. Il y a aussi un groupe dit de Schengen, constitué par les pays qui ont supprimé les contrôles de police pour les personnes circulant entre leurs territoires. Ce modèle, la France veut l’étendre et c’est ce qu’elle commence à faire avec la défense. Ce matin même, le Président français et le Chancelier allemand vont débattre à quatre, avec les Premiers ministres du Luxembourg et de la Belgique, d’idées à proposer à leurs partenaires pour jeter les bases d’une véritable défense européenne. Ils ne décideront rien. Ils présenteront, avant, leurs propositions aux autres Européens. Ils les amenderont éventuellement mais pour ces quatre pays, la décision est prise, leurs défenses nationales vont devenir une défense commune, noyau, espèrent-ils, de cette future défense commune de l’Union qu’ils appellent de leurs voeux. La France passe à l’offensive en Europe non seulement parce qu’il y a urgence à le faire mais parce qu’elle en voit aussi la possibilité. En un an, à travers la crise irakienne et le compromis qu’elles avaient trouvé sur les institutions européennes, la France et l’Allemagne ont retrouvé leur connivence. Elles l’ont refondée sur une ambition commune d’affirmation d’une puissance européenne. Elles ne veulent plus imposer leurs décisions à l’Europe. A vingt-cinq, ce n’est plus possible mais elles veulent agir ensemble, susciter le débat, convaincre par l’exemple, tendre à ne plus faire qu’une seule et même force politique en Europe et dans le monde. L’Europe va bouger, ou tanguer.

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