Et s’il avait raison ? Ministre israélien de la Défense, chef de file du parti travailliste, patron de la seule composante de gauche du gouvernement le plus à droite qu’ait jamais eu son pays, Ehud Barak estime qu’il est « possible et certainement nécessaire » de parvenir à un règlement de paix « sous trois ans », à une paix fondée, précise-t-il, sur la création d’un Etat palestinien. « Vous devez comprendre qu’il y a un profond accord entre nous, vient-il de déclarer au Haaretz, le quotidien de référence israélien, en se disant convaincu que son Premier ministre, Benjamin Netanyahu, finirait par proposer à Barack Obama, lors de sa visite à Washington du mois prochain, une démarche répondant au principe de « deux Etats pour deux nations ». « Bibi », rappelle-t-il en utilisant son surnom, avait accepté, en leur temps, les Accords d’Oslo, ceux dont l’aboutissement aurait du être la coexistence de deux Etats, et comprend comme moi, dit Ehud Barak, que, si nous en restions à cette situation de « paralysie » des négociations, « le monde pourrait se désintéresser d’Israël et de ce conflit ou, pire encore, accepter l’idée que la solution n’est pas deux Etats pour deux nations mais un Etat pour deux nations ». L’argument vaut qu’on s’y arrête. S’il y a un point commun aux Israéliens, de droite ou de gauche, partisans ou adversaires d’un compromis de paix, c’est le refus d’un Etat binational qui serait la fin d’Israël puisque les Palestiniens, taux de natalité aidant, y seraient rapidement majoritaires. C’est ce que la gauche fait valoir depuis plus de vingt ans pour plaider la fin de l’occupation. C’est ce qu’Ariel Sharon avait fini par comprendre lorsqu’il avait ordonné l’évacuation de Gaza et rompu avec la droite et, si l’on entend bien ce que dit Ehud Barak, Benjamin Netanyahu aurait, à son tour, fini par admettre que la seule alternative à l’Etat binational était les deux Etats. Peut-être Ehud Barak prend-il ses désirs pour des réalités. Peut-être veut-il justifier son entrée dans ce gouvernement mais, outre que Benjamin Netanyahu n’est effectivement pas un idéologue, pas un illuminé des frontières bibliques, le fait est que ce Premier ministre doit forcément réfléchir à sa prochaine visite à Washington. Aux commandes d’un pays dont l’économie et l’armée dépendent tant des Etats-Unis, il ne peut pas s’offrir le luxe d’un choc frontal avec Barack Obama qui martèle, lui, son exigence d’une « solution à deux Etats ». Benjamin Netanyahu devra trouver un terrain d’entente avec les Etats-Unis et on ne peut pas exclure, c’est vrai, qu’il choisisse d’utiliser la pression américaine pour se faire homme de paix mais en posant ses conditions, en exigeant notamment, suggère Ehud Barak dans cette même interview, que les pourparlers que les Etats-Unis veulent ouvrir avec l’Iran soient rapidement conclusifs ou rompus. Shimon Pérès, le chef de l’Etat israélien, sera reçu, la semaine prochaine, à la Maison-Blanche. Quelque chose se cherche, de positif semble-t-il.

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