Une chose fondamentale est en train d’imperceptiblement évoluer en Grande-Bretagne. Ce n’est évidemment pas la monarchie, ses fastes, ses drames et ses frasques, cette machine à projeter de par le monde l’image d’un pays qui n’aurait pas perdu son statut de superpuissance depuis maintenant près d’un siècle. Avec un mariage princier dont aucun continent ne peut ignorer la célébration, la monarchie se porte au mieux et prouve aujourd’hui même à quel point elle sert la notoriété de ce royaume qui n’est pourtant plus un empire mais seulement la sixième des puissances économiques, derrière la France. Vive donc le prince et sa princesse, la reine et ses chapeaux mais, derrière cette permanence, une autre singularité britannique, l’exceptionnelle étroitesse des liens entre Londres et Washington, est désormais en question. Ils ne sont pas vraiment distendus et encore moins rompus mais ils ne sont plus tout à fait aussi exclusifs et forts pour trois raisons. La première est que les Etats-Unis s’intéressent moins à l’Europe et, partant, à la Grande-Bretagne qui, pour être une île, n’en est pas moins européenne. Pour eux, l’Europe n’est plus l’enjeu prioritaire parce qu’ils ont gagné la Guerre froide, qu’ils n’ont plus de problème avec ce continent qui en était le champ de bataille et qu’ils en ont, en revanche, avec la deuxième puissance économique du monde, la Chine, qui est à la fois leur banquier et leur fournisseur de produits finis dont les bas prix ébranlent leur base industrielle. Pour l’Amérique, c’est en Asie que se joue le nouveau siècle et la deuxième raison pour laquelle le couple américano-britannique prend aujourd’hui des airs de vieilles amours moins furieuses est que le Royaume-Uni garde l’Irak sur l’estomac. Cette guerre, Tony Blair l’avait imposée à son peuple qui n’en voulait pas afin de ne pas compromettre la relation spéciale avec Washington. Cela avait relevé, pour lui, de l’impératif stratégique mais lorsque cette aventure a, comme prévu, tourné au désastre et que les mensonges qui l’avaient fondée sont devenus patents, c’est là que la relation spéciale en a pris un coup parce que l’opinion britannique s’est dit que non seulement elle lui avait coûté une guerre imbécile mais que la Grande-Bretagne en avait été abaissée sur la scène internationale, réduite à un vulgaire exécutant des Américains, leur caniche, et cela sans qu’elle y ait même gagné le moindre avantage économique. Quant à la troisième raison de cette évolution, elle est que l’Amérique n’a plus ni les moyens ni le désir d’être partout présente, que le multilatéralisme devient une réalité et que cela laisse un espace politique nouveau à des pays qui, comme la Grande-Bretagne et la France, ont un poids économique et militaire. On vient de le voir avec la Libye, crise dans laquelle les deux anciennes superpuissances du 19ième siècle ont pris l’initiative et contraint les Etats-Unis de les suivre. Non seulement cela ne s’était pas vu depuis la nuit des temps mais, parallèlement, Paris et Londres ont décidé, en novembre dernier, de rapprocher leurs forces armées en mettant en commun leur recherche militaire. Cet accord porte en lui une dynamique qui peut faire de ces deux puissances européennes des alliés tout aussi proches que Londres et Washington le sont ou l’ont été.

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