Bachar al-Assad a annoncé, hier, qu’il briguerait un nouveau mandat lors de la présidentielle syrienne du 3 juin. Hier également, un tribunal égyptien a condamné à mort, d’un coup, 683 personnes accusées de participation à des manifestations des Frères musulmans dont le Guide suprême figure parmi les promis à la potence.

L’une et l’autre nouvelle sont révulsantes. Elles le sont tant qu’on est au-delà des qualificatifs. Il s’agit là de pures et simples obscénités car enfin…

Commençons par la Syrie. Voilà un homme dont la famille est au pouvoir depuis plus de 40 ans, dont le père était président, dont tous les parents sont à des postes de commandes et loin d’être dans le besoin, voilà un homme issu d’une petite minorité syrienne, les alaouites, une branche du chiisme, qui n’est président que parce qu’il est l’héritier d’une dynastie et qui a de surcroît le front de prétendre se faire élire comme si son pays vivait en démocratie et comme si son régime était autre chose qu’une dictature de la pire espèce.

Cela fait beaucoup mais ce n’est pourtant rien à côté du fait que c’est ce même homme qui a plongé son pays dans un bain de sang en faisant tirer sur des manifestants pacifiques, sans armes, descendus en familles dans la rue pour protester après que des gamins de quinze ans eurent été torturés pour avoir bombé sur un mur que le peuple voulait son départ.

C’était il y a trois ans et, depuis, la répression a été si monstrueuse que les manifestations sont devenues insurrection et que les insurgés doivent se battre, en même temps, contre l’armée de ce tyran sanguinaire et les djihadistes qui ont trouvé là un nouveau terrain de combat après avoir été partout défaits. On en est à 150 000 morts. Bachar al-Assad ne contrôle que 40% de son territoire. La moitié de la population syrienne est déplacée ou réfugiée dans les pays limitrophes et cet homme s’organise, en plus, une présidentielle.

Prenons maintenant l’Egypte. Après la chute d’Hosni Moubarak, les Frères musulmans y avaient remporté toutes les élections, législatives et présidentielle. On peut le déplorer. Il y avait des raisons de s’inquiéter car les Frères égyptiens n’étaient qu’à moitié convertis à la démocratie mais ils étaient la légitimité et n’étaient pas en voie d’instaurer une dictature religieuse. Ils étaient même en net recul et très vivement contestés par la population quand l’armée a décidé de reprendre les rênes par un coup d’Etat.

Près de 1500 partisans des Frères ont été tués dans les manifestations de protestation contre la prise du pouvoir par le maréchal Sissi qui, lui aussi, se prépare une élection. Quinze mille autres ont été emprisonnés et maintenant, pour la deuxième fois, ce sont ces fournées de condamnations à mort.

Que dire ? Simplement que l’ordre arabe ancien se venge du printemps de 2011, qu’il a eu si peur qu’il en devient bestial mais que cette sauvagerie ne résoudra aucun des problèmes qui avaient suscité ce printemps, ni le chômage, ni la corruption, ni l’impéritie de ces pouvoirs, que la contre-révolution arabe ne sera donc pas éternelle car on peut tout faire avec des baïonnettes sauf, s’asseoir dessus.

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