Anthony Bellanger.

Barack Obama est-il un bon président ?

C'est un peu brutal comme question, je le reconnais, pourtant les Américains de droite comme de gauche se la posent et ce, depuis des années ! Elle est même lancinante, cette question, et elle contraste violemment avec notre vision du personnage.

Or les émeutes de Baltimore l'ont remise d'actualité sous l'angle : comment se fait-il que des émeutes raciales déchirent encore les Etats-Unis alors que le pays a élu en 2008 son premier président noir ? Qu'a fait Obama pour réduire la fracture raciale ?

Et la réponse qu'on lit et entend de plus en plus couramment, c'est : rien. Il n'a rien fait sinon se reposer sur le fait d'être noir pour endormir le problème et regarder ailleurs, du côté de ses vacances à Hawaï et de ses parties de golf si chic.

Alors évidemment, c'est assez injuste ce type de commentaires. Mais c'est aussi vrai qu'à force de ne pas mettre en avant sa propre « négritude », selon le mot d'Aimé Césaire, dans les affaires de violences faite aux Noirs, le soupçon d'indifférence s'est installé.

Mais il a réagi ! Il a demandé aux Américains de faire leur examen de conscience.

Enfin, reconnaissez que c'est tout de même trop peu, très tard. Et puis Baltimore n'est que la dernière des émeutes à caractère racial. Les Etats-Unis en ont connu d'autres récemment, notamment à Ferguson en août dernier. A New York aussi.

Mais qui est surtout étonnant, c'est la différence abyssale entre la façon dont Obama est perçu ici en Europe, et singulièrement en France, et aux Etats-Unis. Vu d'ici, Barack Obama est une rock star : c'est même le président que les Français rêveraient d'avoir.

Vu de là-bas, et ce quasiment depuis le début de sa présidence, le jugement est beaucoup plus sévère. A droite, comme à gauche. Et la façon extrêmement timorée avec laquelle il a réagi sur les émeutes de Baltimore est un signe de plus.

Vous voulez dire qu'il est perçu comme indécis ?

Exactement. Voilà un président qui, pendant les deux premières années de sa présidence avait une majorité au Congrès : tant au Sénat qu'à la chambre des représentants. Qu'en a-t-il fait, sinon perdre du temps à tendre la main aux Républicains ?

Il y a tout de même l’Obamacare, c'est plutôt une réussite, non ?

C'est même une grande réussite : sur les 40 millions d'Américains qui étaient dépourvus de couverture santé, la moitié sont aujourd'hui couverts. C'est simple, près de 90% des Américains disposent aujourd'hui d'une assurance santé : c'est le taux français ! Mais lorsqu'on regarde les sondages, l'Amérique est toujours aussi divisée : la moitié des Américains considère toujours cette réforme comme injuste, voire attentatoire à leur liberté individuelle. Il n'a pas su les convaincre de la justesse de cette réforme.

En fait, Barack Obama est perçu par beaucoup d'Américains comme un patricien. Le fait qu'il prenne ses vacances à Martha’s Vineyard, le Saint-Tropez américain, qu'il déteste la campagne, qu'il ait fait ses études à Harvard et qu'il joue si bien au golf n'a rien arrangé.

Pour résumer : Barack Obama cumule tous les codes et les habitudes de l'élite américaine blanche et bien née de l'Est des Etats-Unis. Et comme il déteste prendre des décisions sans y avoir longuement réfléchi, s'ajoute en plus un soupçon de mollesse.

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