Un atoll perdu en pleine mer de Chine du Sud, à des centaines de kilomètres des côtes chinoises, non loin par contre des rivages philippins...

Un atoll perdu en pleine mer de Chine du Sud, à des centaines de kms des côtes chinoises, non loin par contre des rivages philippins . Et pas n'importe quels travaux : depuis quelques années, la Chine transforme ces atolls inhabités en porte-avions. Littéralement. C'est-à-dire qu'elle y construit des pistes, tours de contrôle et y ajoute, à coup de milliers de tonnes de remblais importés en bateau depuis la Chine continentale, des ports en eaux profondes pour permettre à sa marine militaire d'y mouiller. D'habitude, Pékin travaille sans publicité. Cette fois-ci, c'est par un communiqué officiel que l'on a appris qu'à partir de janvier prochain, ces fameux travaux allaient débuter. C'est un changement significatif, du point de vue chinois, qui a une explication : dans les semaines qui viennent, un tribunal arbitral situé à La Haye doit se prononcer, à la demande des Philippines, sur ces fameux atolls. En communiquant sur ces travaux à venir, la Chine rejette d'avance une décision défavorable de la Cour de La Haye.

La question reste tout de même posée : pourquoi la Chine dépense-t-elle tant d'argent et d'efforts diplomatiques pour quelques îlots inhabités ? C'est vrai que ça paraît irrationnel, vu d'ici. En fait, pour comprendre, il faut comme toujours prendre une carte : l'essentiel du commerce maritime chinois et plus du quart du commerce mondial passe par cette fameuse mer de Chine du Sud. Or tous les pays riverains de cette autoroute des mers sont soit des alliés de Washington, comme les Philippines, la Malaisie ou le sultanat de Brunei, soit des ennemis traditionnels, comme le Vietnam. Donc en installant des porte-avions fixes dans ces îles perdues, les Chinois tentent de reprendre le contrôle de leurs routes maritimes aux Américains qui en assuraient jusque là la sécurité et la surveillance.

En fait, Pékin envoie haut et clair un message aux pays de la région : plus besoin des Etats-Unis, les Asiatiques peuvent assurer la sécurité des mers eux-mêmes en passant par la glorieuse et redoutable Marine militaire chinoise. Dormez tranquille.

Sauf que les pays de la région ont tout sauf envie d'un tête à tête avec les Chinois. Et on les comprend ! La Chine est si puissante que la différence entre « conversation » et diktat est très ténue. De plus, les Etats-Unis ont l'avantage d'être géographiquement et culturellement loin, très loin alors que la Chine est si proche, trop proche. Par ailleurs, on comprend mieux, vu comme ça la raison pour laquelle l'Australie a décidé de doubler sa flotte de sous-marins militaire d'attaque, pour le plus grand bonheur des Français et de la DCNS. La région navigue bel et bien en eaux troubles.

Enfin, il y a une dernière raison, historique celle-là qui explique l'attitude des Chinois : de 1842 à 1949, pendant ce que les Chinois appellent « le siècle de l'humiliation », les Occidentaux – sont soumis la Chine à un régime semi-colonial. Ils ont fait signer à Pékin plus d'un millier de traités dit « inégaux ». Aujourd'hui, en reprenant la main, la Chine prend sa revanche. Une revanche historique sur ces Occidentaux qui l'ont humilié et qui doivent, selon Pékin, en payer désormais le prix.

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