Aussi incroyable que cela puisse paraître vu de France mais, en Europe, un parti socialiste très "ancien monde" a remporté les législatives. Et c'est en Espagne que cela se passe. Mais pour y parvenir, il faut remplir quelques conditions.

Il est donc encore possible en Europe d'être socialiste et de remporter une élection nationale. Vu de France, ça paraît presque miraculeux et pourtant, ça s'explique assez bien. D'abord, il y a des pays en Europe où la social-démocratie résiste encore :

Disons pour aller vite : les pays scandinaves et la Grande-Bretagne. Mais aussi l'Italie où, malgré tout, le Parti démocrate résiste aux alentours de 20 à 22% des intentions de vote, en attendant des jours meilleurs. Sauf qu'en Espagne, Pedro Sanchez à fait près de 30% !

Quel est son secret ? D'abord et avant tout, il a eu 10 mois à la tête d'un gouvernement minoritaire pour prouver qu'il n'avait pas oublié que son propre parti ne s'appelait pas « Parti socialiste » mais bien « Parti socialiste ouvrier espagnol », PSOE.

Il a donc travaillé à rendre du pouvoir d'achat, à tenter de déplacer les restes de Franco, à encadrer les expulsions de logement. Bref, à faire une politique de gauche. Ensuite, l'irruption de l'extrême-droite, avec le parti VOX a été pour lui une véritable aubaine :

D'une part, ça a permis de mobiliser en masse les sympathisants socialistes. Ça a beaucoup voté hier en Espagne. D'autre part, ça a forcé le « vote utile » en sa faveur et à la défaveur de l'extrême gauche de Podemos qui a perdu un tiers de ses députés.

Pour gouverner, les socialistes devront trouver des alliés

Avec 128 députés, Pedro Sanchez est effectivement loin des 175 qui sont nécessaires pour obtenir une majorité aux Cortes. Mais figurez-vous que c'est en fait la meilleure nouvelle qui puisse arriver à l'Espagne. Je m'explique.

Pour former un gouvernement stable, il va devoir se coaliser avec les 42 députés de Podemos. C'est-à-dire constituer un gouvernement très à gauche. L'Espagne en a besoin qui subit depuis 10 ans une des pires crises économiques de son histoire.

Il est temps de redistribuer les fruits d'une croissance retrouvée, parmi les plus élevées d'Europe, et de corriger un système fiscal très inégalitaire. Bref, c'est le moment de faire des réformes de gauche afin de redonner confiance aux Espagnols.

Mais même avec l'appui des députés de Podemos, Pedro Sanchez n'arrive toujours pas à la majorité absolue. Pour cela, il lui faut, en plus, l'appui des nationalistes, voire des indépendantistes catalans. C'est cela l'excellente nouvelle dont je parlais tout à l'heure.

Enfin, catalanistes de Barcelone et espagnolistes madrilènes vont devoir se parler. Non pas en s'insultant par articles de la constitution espagnole interposés ou en emprisonnant des élus catalanistes pour « sédition » - une situation inédite dans une Europe en paix.

C'est-à-dire enfin faire de la politique ! La question est maintenant la suivante : on est allé si loin dans l'outrance nationaliste – de part et d'autre – que revenir à un cadre raisonnable nécessite beaucoup de courage. Pedro Sanchez en aura-t-il assez ?

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