Donald Trump veut demander « beaucoup d’argent » à la Chine pour les conséquences du coronavirus. Mais est-ce légitime et légalement possible ? Débat trop politique pour être vraiment réaliste.

Xi Jinping et Donald Trump, masqués et s’embrassant à la manière de Brejnev et Honecker au temps de la guerre froide, dans une fresque murale signée Eme Freethinker à Berlin, mardi 28 avril.
Xi Jinping et Donald Trump, masqués et s’embrassant à la manière de Brejnev et Honecker au temps de la guerre froide, dans une fresque murale signée Eme Freethinker à Berlin, mardi 28 avril. © AFP / John MACDOUGALL / AFP

La question est agitée comme un chiffon rouge en Occident, et suscite en retour des réactions de colère du côté chinois. Elle est tellement idéologique qu’il est difficile d’aborder froidement cette question d’éventuelles « réparations » chinoises pour la pandémie de covid-19.

Donald Trump n’a pas hésité à brandir lundi la menace de présenter la facture du coronavirus à la Chine. Et il a prévenu qu’elle serait lourde : « nous parlons de beaucoup d’argent », a-t-il dit. Un État américain, le Missouri, s’est déjà porté partie civile pour poursuivre l’État chinois pour les dégâts provoqués par la pandémie.

En Allemagne, le quotidien sensationnaliste Bild a estimé à 165 milliards de dollars le montant des réparations chinoises dues à la seule Allemagne pour les pertes liées au coronavirus. Le gouvernement de Berlin est beaucoup plus prudent.

Il y a deux questions dans cette affaire. Est-ce légitime de demander des indemnisations au pays d’où est partie la pandémie ? Et est-ce légalement possible d’exiger de telles « réparations » d’un État ? Ce sont deux questions différentes, car la première est politique, la seconde juridique.

Il est évidemment inhabituel de demander réparation pour un phénomène dont personne, malgré toutes les polémiques, ne pense qu’il a été créé de manière délibérée. Il ne s’agit pas d’une arme biologique, mais d’un virus naturel, quelle qu’en soit l’origine, un marché d’animaux ou un accident de laboratoire. Il est difficile de trouver des précédents dans l’histoire, même si ce que nous traversons avec un monde à l’arrêt est inédit.

Ce qui est légitime c’est évidemment de demander toute la transparence à la Chine sur l’origine du virus, et sur les premières semaines de l’épidémie, avant que Pékin ne réagisse. La Chine s’enferme dans une position intenable selon laquelle elle a tout dit, et a eu une gestion exemplaire. C’est évidemment très contestable.

Il n’y a pas que Donald Trump qui demande des comptes à la Chine avec ses propres arrières pensées ; Emmanuel Macron et Angela Merkel se sont également interrogés sur les « zones d’ombre ». Certains, comme le gouvernement australien, vont jusqu’à demander une enquête internationale, peu vraisemblable s’agissant d’une puissance dotée du droit de véto au Conseil de sécurité de l’ONU.

De là à demander des « réparations », il y a un pas qui peut sembler extravagant, car ça ouvrirait la boîte de Pandorre à d’innombrables autres demandes de ce type. Et sans le cadre juridique international permettant de statuer.

Mais c’est surtout très politique. Pour Trump, il s’agit d’abord d’une tentative de diversion de ses propres échecs dans cette pandémie, et d’un nouveau pas vers la guerre froide qu’il est en train de susciter avec Pékin. 

Pas sûr qu’il soit très judicieux, au milieu d’une pandémie et d’une crise économique majeure, de diviser un peu plus le monde et d’attiser ainsi le nationalisme chinois. 

En revanche, cette pandémie partie de Chine pose la question de la confiance dans un monde globalisé : à l’heure du bilan, il y aura bien une explication à avoir avec la Chine, mais c’est celle qu’on peut exiger d’un membre de la Communauté des nations qui ne joue pas le jeu.

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