Ce matin, retour sur un accord signé hier entre la Japon et la Corée... Il faut toujours se méfier des périodes de fêtes : c'est souvent le moment que choisissent les pays pour faire passer en catimini les mauvaises ou les bonnes nouvelles. Et cet « pacte » ou cet accord signé entre le Japon et la Corée du Sud fait partie des bonnes.

Les deux pays sont en effet ont signé une « résolution finale et irrévocable » sur un sujet douloureux : celui des « femmes de réconfort », un euphémisme pour parler de milliers de Coréennes contraintes de se prostituer dans les bordels militaires japonais. C'est, pour les Coréens, l'un des épisodes les plus humiliants du petit demi-siècle de colonisation japonais. Il aura fallu douze séances de négociations depuis 2014 pour que le Premier ministre japonais, Shinzo Abe, exprime du fond du cœur ses excuses et ses remords pour toutes celles qui ont subi une souffrance physique et psychologique incommensurable comme « femme de réconfort ». L'accord comprend aussi la création d'un fond d'indemnisation abondé par l'Etat japonais. Même ça c'est important : jusqu'à présent, le Japon s'était excusé du bout des lèvres et avait créé un fond abondé par des donations privées. La nuance est de taille ! En acceptant de verser de prélever cette argent sur le budget de l'Etat, les Japonais font ce qui ressemble le plus à une excuse officielle. Alors évidemment, il y a déjà des voix en Corée pour se plaindre que ce n'est pas assez et surtout trop tard...

En effet, la question est tout de même posée: pourquoi maintenant ? Parce que la Chine ! Bon, cela demande tout de même quelques explications. La Chine est devenue en quelques années la seconde puissance économique au monde. Les premiers à s'en être rendus compte sont évidemment les Japonais. En 2011, la richesse de la Chine a définitivement dépassée celle du Japon. Cela faisait plus d'un siècle que cela ne s'était pas produit. De plus, la Chine commence à avoir des ambitions régionales et mondiales à la mesure de sa puissance nouvelle : elle est aussi dépendante que le Japon du pétrole, des métaux étrangers et elle a des arguments pour faire valoir ses intérêts. Enfin, la Chine se réarme et commence à rouler des mécaniques en mer de Chine du sud.

Conclusion : le Japon s'inquiète et tout à coup se retrouve bien seul. Dans la région, il n'a que des ennemis, des régimes autoritaires ou des alliés de Pékin. Il est donc temps pour Tokyo de se trouver des alliés... Or quel meilleur allié que la Corée du Sud : même régime démocratique et économique, même allié stratégique, les Etats-Unis, et surtout même inquiétude mêlée de crainte vis-à-vis de Pékin. Il était temps de refermer pour toutes les vieilles blessures, histoire de se mettre au carré face à la Chine. Une dernière chose : sur les dizaines de milliers de femmes de réconfort coréennes, 46 sont encore en vie. Elles ont entre 80 et 95 ans. Il était temps.

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