Permettez-moi d'abord de trouver cette élection rassurante.

George Weah vote le 26 décembre 2017
George Weah vote le 26 décembre 2017 © Maxppp / AHMED JALLANZO

Et pas pour les raisons qu'on imagine : en clair, pas parce que George Weah est au moins aussi populaire dans son pays qu'en Europe où il a évolué comme footballeur dans les années 90.

Avant tout parce que George Weah a mis douze longues années avant d’être élu. C'est la 3ème fois qu'il se présentait, il a donc fait preuve d’une résilience louable avant aujourd'hui de succéder à Ellen Johnson Sirleaf, une icône africaine.

Ensuite, parce qu'il n'a pas fait que persévérer, il s'est formé aussi. George Weah a obtenu l'équivalent du bac à 40 ans, puis il a suivi un cursus universitaire pour obtenir deux diplômes en 2011 et 2013 en management des entreprises et en administration publique.

En clair, George Weah a persévéré pour devenir le premier président libérien élu, et ce depuis 1944, à succéder à un autre président élu démocratiquement. Et c'est cela qui est rassurant : la banalité d'une passation de pouvoir dans l'ouest africain.

C’est peu dire, en plus, que le Libéria revient de loin...

Deux guerres civiles, 150 000 morts, des centaines de milliers de déplacés, une région dévastée, un Etat failli et, en 2005, finalement, l'arrivée au pouvoir de la 1ère femme cheffe d'Etat élue d'Afrique, Mme Johnson Sirleaf.

Et le moins qu'on puisse dire, c'est que les deux mandats de Mme Johnson Sirleaf ont été une réussite : depuis 2005, le revenu par habitant des Libériens est passé de 80$ annuels à plus de 700$ aujourd'hui. L'espérance de vie est, elle, passée de 53 a 61 ans.

Le meilleur moyen de mesurer cette réussite, encore fragile mais réelle, est encore de constater que les employés de l'ONU en mission dans le pays sont passés en 12 ans de 16 000 à un peu moins d'un millier aujourd'hui. L'Etat libérien a su petit à petit les remplacer.

Autrement dit, le pays dont va hériter George Weah est capable d'envisager l'avenir. Sa dette colossale de 4 milliards de dollars pour un pays de 5 millions d'habitants a été effacée et la vie politique s'est normalisée au point d'offrir des alternatives politiques en plus d'une alternance.

C’est d'ailleurs toute la région qui se porte plutôt bien...

Et c'est peut-être cela le plus rassurant, voire le plus enthousiasmant. Tous les voisins du Libéria semblent être entrés dans une sorte de cercle vertueux régional. La Côte d'Ivoire a réélu en 2015 sans encombre et sans bruits son président Alassane Ouattara.

La croissance de son économie est l'une des plus robustes du Continent et résiste même à la chute des prix du cacao, dont elle est toujours le 1er producteur mondial. La Guinée est elle aussi gouvernée depuis 2010 avec une certaine modération par l’ancien opposant Alpha Condé.

Le Ghana a toujours été le pays de la région où la démocratie et l'indépendance de la justice ont été le mieux défendus et fête cette année les 60 ans de son indépendance. Même la Sierra Leone est revenue dans ce cercle régional d’optimisme.

Une histoire peut-être pour illustrer cette renaissance ? Alors que la région était célèbre pour ces diamants du sang, ces pierres précieuses dont le trafic alimentait les seigneurs de la guerre locaux, la Sierra Leone a mis en vente début décembre le « diamant de la paix ».

Une énorme pierre de plus de 700 carats trouvée en mars, vendue donc pour 6,5 millions de dollars. Les fonds iront en partie aux inventeurs de ce trésor, de simples mineurs, mais surtout au développement du pays. Histoire de rompre définitivement avec un passé de trafic et de corruption.

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