D’abord, on ne comprend pas. Il s’avère que la première des raisons invoquées par Tony Blair et Georges Bush pour entrer en guerre contre l’Irak était totalement infondée. Il s’avère aujourd’hui - c’est le chef des inspecteurs américains qui le disait, hier, devant le Sénat des Etats-Unis - que Saddam Hussein ne détenait pas d’armes de destruction massive, mais ce n’est ni le Président américain ni le Premier ministre britannique que cela met en difficulté. C’est, au contraire, la BBC, la plus respectable et la plus respectée des chaînes de radio-télévision mondiales, qui se trouve, depuis hier, sur la sellette, accusée par la magistrature d’avoir manqué à la vérité en accusant les services de Tony Blair, voire le Premier ministre en personne, d’avoir menti sur la gravité de la menace militaire représentée par l’Irak. La BBC disait vrai, Tony Blair a trompé l’opinion britannique et mondiale mais le coupable… est la BBC. On cherche la logique. On ne la voit d’abord pas mais à bien lire le juge Hutton, on comprend mieux. « La question de savoir, écrit-il dans son rapport, si les informations approuvées par le Comité conjoint des services de renseignement et crues par le gouvernement n’étaient cependant pas fiables n’entre pas dans le cadre de mes attributions ». Ce dont Brian Hutton avait été chargé n’était pas - c’est un fait - de juger du fond, d’établir si l’Irak possédait ou pas des armes de destruction massive, mais de savoir si le gouvernement Blair avait ou non délibérément menti, comme la BBC l’avait dit, en faisant état de leur existence. Non, ce n’est pas le cas, répond le juge en faisant valoir, premièrement, que les rapports des services secrets sur lesquels s’appuyait le gouvernement britannique existaient bel et bien et qu’il n’était pas, en second lieu, « déplacé » que ces services aient modifié leurs formulations à la demande du 10 Downing Street, non pas, dit-il, pour les rendre « plus sexy », contrairement à l’accusation de la BBC, mais plus cohérentes. Là, on comprend mieux. La BBC n’avait pas, estime le juge, à mettre en question l’intégrité du gouvernement puisque cette accusation a été portée sans preuves. La BBC se retrouve dans la tourmente. Elle a du présenter des excuses. Son Président a démissionné. Son statut pourrait être maintenant modifié. La BBC devient une victime collatérale de la guerre d’Irak. On ne saurait trop le déplorer mais reste une question, la question. Si Tony Blair, à défaut d’avoir délibérément menti, s’est simplement trompé mais trompé au point d’avoir emmené son pays en guerre sur la base de fausses informations, ne devrait-il pas lui aussi démissionner, comme le Président de la BBC qui, lui aussi, a cru ses services mais n’a pas déclaré de guerre ? Est-il plus grave, moins grave, également grave pour un Premier ministre d’être aveugle que menteur, de trop croire ce qu’il veut croire que de faire croire ce qui n’est pas ? La réponse n’est pas évidente mais on peut plaider que si le mensonge est moralement plus condamnable que la naïveté, le premier est moins inquiétant, pour un Homme d’Etat, que la seconde. Tout bien considéré, on ne comprend pas le sourire triomphant qu’arborait, hier, Tony Blair.

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