C’était son dernier discours sur l’état de l’Union et même la rhétorique en était faible. Le cœur n’y était plus car il n’y a même plus un tiers des Américains, 30% d’entre eux seulement, pour encore exprimer une confiance en Georges Bush dont les successeurs possibles, Hillary Clinton, Barack Obama et John McCain, étaient tous présents dans la salle, en leur qualité de sénateurs. Aucun lyrisme, donc, dans ce discours d’hier car, en plus – et Georges Bush l’admet d’emblée – l’économie américaine « traverse une période d’incertitude ». « L’Amérique a crée des emplois pendant une période record de 52 mois, dit-il, mais l’emploi croit à un rythme plus lent. Les salaires sont en hausse mais les prix de l’essence et de la nourriture le sont aussi. A long terme, assure-t-il, les Américains peuvent avoir confiance en notre croissance économique mais, sur le court terme, reconnaît-il, nous voyons tous bien qu’elle ralentit ». Alors ? Pérenniser, répond-il, martèle-t-il, les baisses d’impôt introduites au début de son premier mandat, les rendre définitives, en introduire de nouvelles pour que l’individu puisse contribuer à un rebond collectif. « J’opposerai mon veto à tout projet d’augmentation de la pression fiscale », lance-t-il aux Démocrates qui souhaitent, eux, substituer des baisses d’impôt sélectives, ciblées sur les plus modestes, à des mesures qui ont essentiellement profité aux plus aisés mais, même là, Georges Bush manque de flamme, visiblement conscient qu’il n’est plus qu’un « lame duck », un « canard boiteux », expression du vocabulaire politique américain qui désigne un sortant, dépourvu de vrais pouvoirs. Vivement la relève ! Vivement l’année prochaine, mais il est un point, l’Irak, sur lequel il y avait du bon sens dans ce discours. Sur ce qui est, et restera, sa colossale stupidité, son impardonnable aventure, Georges Bush a reconnu, en creux, en soulignant qu’elles se réparaient aujourd’hui, les erreurs qu’il avait commises, en plus, après la chute de Saddam : l’envoi d’effectifs insuffisants, le licenciement des militaires et fonctionnaires de l’ancien régime, le retard pris à organiser la répartition des revenus pétroliers entre les différentes communautés et le manque de contacts avec les sunnites. Il a longuement dit – et ce n’était pas mentir – que l’envoi de renforts et la correction de ces erreurs avaient finalement fait baisser le niveau de violences mais un « retrait trop rapide, a-t-il aussitôt ajouté, pourrait conduire à la désintégration des forces irakiennes de sécurité, à la récupération du terrain perdu par al Qaëda et à un accroissement marqué de la violence ». C’est vrai. Que ce soit Bush qui le dise n’y change rien. Sur ce point, il a raison car, si les Etats-Unis ajoutaient, maintenant, la fuite à une guerre qu’ils n’auraient jamais dû engager, cette catastrophe serait encore plus effroyable et durable. Il faut désormais préparer le repli par des négociations régionales, y compris avec l’Iran, mais de cela, de l’essentiel, Georges Bush n’a rien dit.

L'équipe

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.