On s’abstiendra d’ironiser sur les prophètes de « l’embourbement » et autres dénonciateurs d’une « aventure néocoloniale ». Ce serait trop facile et, surtout, inutile alors que les faits parlent d’eux-mêmes mais comment, et pourquoi, cette intervention française au Mali a-t-elle réussi à marquer tant de points en si peu de temps ?

Militairement parlant, la raison en est que les djihadistes qui se dirigeaient sur Bamako après s’être assuré le contrôle du Nord Mali au printemps dernier n’étaient pas le Pacte de Varsovie ni même les troupes du colonel Kadhafi. Aussi fortement armés et bien entraînés qu’ils aient été, ils ne comptaient dans leurs rangs que quinze cents à deux mille vrais combattants auxquels s’ajoutait un maximum de trois mille recrues de fraîche date et peu motivées.

Face aux armées françaises, ils ne faisaient pas le poids. Non seulement le rapport de forces n’était pas en leur faveur mais dès lors que, contrairement à leur pari, la France a réagi en une poignée d’heures à leur progression vers le Sud, ils étaient à terrain découvert, exposés aux frappes aériennes et coupés, surtout, de leurs bases arrière systématiquement bombardées et de leurs possibilités d’approvisionnement en carburant car l’Algérie a vite mieux surveillé sa frontière avec le Mali.

En jouant leur va-tout, ces hommes ont eux-mêmes organisé leur défaite et, politiquement parlant, leur faiblesse était immense. Leur fanatisme et leurs exactions les avaient fait haïr des populations du Nord qui se sentent aujourd’hui libérées d’un cauchemar. Leur alliance avec les autonomismes touaregs n’était que de circonstance et ne pouvait pas longtemps résister – on l’a vu – à leur défaite militaire. Et plus fondamental encore, autant leur victoire aurait pu donner une nouvelle force au djihadisme, autant leur rapide défaite porte un nouveau coup, particulièrement sévère, aux partisans de la guerre sainte qui sont partout en déclin.

Alors, question : maintenant ?

Eh bien c’est maintenant que les difficultés commencent, prévisibles et prévues mais néanmoins redoutables. Des attentats vengeurs peuvent à tout moment endeuiller la France mais le plus grand défi est au Mali lui-même. Outre que les troupes africaines en constitution auront à affronter des poches de résistance, il faudra contribuer à l’amorce d’une reprise économique, à l’organisation d’élections, à la stabilisation et la reconstruction de ce pays parmi les plus pauvres. Il faudra y parvenir avant que la déception des Maliens ne leur fasse oublier, avant tout au Nord, leur enthousiasme d’aujourd’hui et il faudra, de surcroît, savoir encourager le Mali à ouvrir et conclure un vrai dialogue national conduisant au respect des intérêts et de l’identité touaregs.

Il faut là battre le fer tant qu’il est chaud, répondre au plus vite aux appels du pied de ceux des militants touaregs qui ont rompu avec les djihadistes et tiennent aujourd’hui la ville de Kidal, dans cet extrême nord vers lequel les fous de Dieu se sont repliés. Les difficultés commencent et ne seront certainement pas faciles à surmonter.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.