Avec quatre jours de retard sur la date prévue, des négociations entre Syriens s’ouvrent donc aujourd’hui à Genève. L’Onu a forcé les choses en envoyant ses invitations mais y a-t-il là une vraie percée, un espoir de paix auquel on puisse croire ?

La réponse est malheureusement non, plutôt pas, pas encore en tout cas, car il n’y aura, face aux représentants de Bachar al-Assad, que quelques personnalités de l’opposition tolérée par le régime, certaines parfaitement honorables et d’autres moins. L’insurrection armée, elle, celle avec laquelle il faudrait parvenir à un compromis sans lequel il n’y aura pas de paix ne sera pas là, bien qu’elle se soit préparée à ce rendez-vous en unissant ses rangs et désignant une délégation commune.

Après des jours entiers passés à peser le pour et le contre, l’insurrection a décidé hier de ne pas aller à Genève car elle n’a pas pu se résoudre à engager des discussions avec un pouvoir qui continue d’affamer les villes dont il fait le siège et à jeter des barils d’explosifs sur des quartiers d’habitation. Quand cela prendra fin, nous irons à Genève, a décidé l’insurrection mais, tant que cela durera, non, impossible, personne ne pourrait le comprendre en Syrie.

Ce n’est pas une surprise. On sentait bien, depuis le début de la semaine, que l’insurrection finirait par adopter cette position. Il n’est pas certain qu’elle soit tactiquement la meilleure. Sans doute l’insurrection aurait-elle mieux fait d’aller à Genève pour publiquement y dire aux représentants de Bachar al-Assad que le régime devait mettre fin à cette barbarie avant que les discussions ne commencent, qu’elle restait à Genève, attendait que ce pas soit fait et qu’on chercherait un compromis ensuite.

L’insurrection en aurait été plus forte mais ces habiletés tactiques étaient plus faciles à envisager de l’extérieur que du terrain sur lequel l’essentiel, l’urgence, ce qu’on espère tant, est que cessent les bombardements et les sièges.

En elles-mêmes, ces vraies-fausses négociations ne devraient ainsi rien donner mais le problème n’est en fait pas ce qui ne se passera pas à Genève.

Le problème est d’arriver à un accord entre Iraniens, Saoudiens, Russes et Américains, entre ceux dont dépend la solution de cette crise.

Les Saoudiens ne veulent pas d’un maintien de Bachar al-Assad au pouvoir car il incarne la toute-puissance de l’Iran sur la Syrie. Les Iraniens n’en viendront pas à l’idée d’un compromis avant d’avoir résolu leurs désaccords internes entre réformateurs et conservateurs. Les Russes ne pourront pas éternellement soutenir le régime en bombardant l’insurrection car l’état de leur économie ne le leur permet pas et les Américains tablent sur l’inéluctabilité d’un assouplissement russe pour imposer un compromis américano-russe.

Cela n’incite guère à l’optimisme mais tous pourraient se retrouver à Munich le 11 février pour tenter de rapprocher leurs positions car cette guerre finit par trop durer pour tout le monde.

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