Où l'on voit pourquoi les syndicats d'Allemagne se sentent aujourd'hui si forts

Ca bloque et, en position de force, les syndicats haussent le ton. Après un nouvel échec, samedi, de ses négociations avec les employeurs, la puissante fédération allemande de la métallurgie, IG Metall, appelle à des grèves d’avertissement de 24h, en milieu de semaine, dans plus de 250 entreprises. 

         Si ces débrayages ne permettaient pas de faire progresser ses deux revendications – 6% d’augmentation de salaires et la possibilité de ne travailler pendant deux ans que 28 heures par semaine – IG Mettal envisage de lancer une grève générale illimitée dans toute la métallurgie, le fleuron de l’industrie et des exportations allemandes. 

Les syndicats des services et de la fonction publique sont parallèlement entrés en action et c’est ainsi l’essentiel des salariés allemands qui se lance dans un bras-de-fer avec le patronat privé mais aussi le gouvernement, pour ce qui est des fonctionnaires. 

La bataille sera rude. Elle risque d’être longue mais l’avantage est aux syndicats, et pas seulement parce que IG Metall dispose d’un fonds de grève de plus de 560 millions d’euros de cotisations. Ca aide, mais la grande force des salariés et de leurs fédérations est que le taux de chômage est tombé à 5,7% en décembre et que l’Etat comme les entreprises ont des caisses pleines. 

Non seulement les employeurs ne peuvent pas dire que les revendications syndicales mettraient en danger l’équilibre de leurs entreprises et du budget de l’Etat mais la main d’œuvre commence à manquer et les organisations financières internationales, les capitales européennes et la plupart des économistes plaident depuis longtemps pour une augmentation des paies et de la consommation allemandes afin que l’Allemagne tire la croissance en Europe et réduise ses excédents commerciaux. 

Les syndicats allemands vont probablement gagner, non pas tout mais marquer de vrais points, et cela appelle trois remarques. 

La première est que c’est la première fois depuis les années 80 que le rapport de forces entre le capital et le travail s’inverse en faveur du second dans un des grands pays développés. La deuxième est que cela a été permis par le succès des réformes libérales introduites en Allemagne au début de la dernière décennie car, en réduisant le chômage, elles ont fini par redonner la main au travail. 

La troisième est que, si Mme Merkel veut mener à bien, et c’est le cas, ses négociations avec les sociaux-démocrates, elle devra lâcher du lest aux fonctionnaires car le SPD ne pourrait autrement pas reconduire la grandes coalition avec elle. Sortie affaiblie des dernières élections, la gauche allemande est très paradoxalement en position de force parce que les syndicats le sont et que, sans elle, il n’y a pas de gouvernement.

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