La nouvelle administration renoue avec ses alliés ignorés par Donald Trump, mais Angela Merkel, la première, a exprimé sa réticence à devoir choisir son camp dans la guerre froide entre Washington et Pékin.

Joe Biden dans le bureau ovale de la Maison Blanche, jeudi 28 janvier. Il a beaucoup téléphoné aux principaux dirigeants étrangers, notamment les Européens.
Joe Biden dans le bureau ovale de la Maison Blanche, jeudi 28 janvier. Il a beaucoup téléphoné aux principaux dirigeants étrangers, notamment les Européens. © AFP / MANDEL NGAN / AFP

Par petites touches, en à peine une semaine, la nouvelle administration américaine a dessiné un infléchissement de la politique étrangère des États-Unis par rapport à celle de Donald Trump. Sans surprise, la philosophie est différente, avec un accent fort sur les alliances, et sur une approche multilatérale des sujets là où Trump était 100% unilatéral.

Mais on sent au passage une volonté très nette des nouveaux dirigeants de réaffirmer un leadership américain sur un « camp occidental », qui a toutefois des réticences à se constituer en bloc. C’est notamment le cas en Europe, après le traumatisme Trump.

C’est Angela Merkel, la Chancelière allemande, qui a exprimé cette réserve, dans son intervention devant le forum virtuel de Davos cette semaine. Elle évoquait la tension persistante entre les États-Unis et la Chine, seul vrai élément de continuité entre les deux administrations, et a commenté : « je voudrais éviter la constitution de blocs ». Elle a ajouté qu’elle ne voudrait pas avoir à choisir entre ces deux géants, « ce n’est pas comme ça que j’envisage les choses », a-t-elle dit.

Sur la Chine, les premières déclarations sont dans la stricte continuité de la précédente administration, qu’il s’agisse du sort des Ouigours, de Taiwan, ou de la technologie. La vraie différence tient justement dans l’intention de Joe Biden de constituer un front uni des démocraties pour faire face à Pékin ; un climat de « guerre froide » qui déplait aux Européens.

Pour le moment, cette contradiction s’exprime de manière très feutrée, l’heure est plutôt au soulagement d’avoir une administration plus amicale à Washington. Joe Biden a passé un de ses premiers coups de téléphone au Secrétaire Général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, pour réaffirmer son engagement sur l’article 5 du Traité de l’Atlantique-nord, qui garantit un soutien automatique à l’Europe en cas d’agression. Il avait fallu plus d’un an à Donald Trump pour le dire, contraint et forcé.

De même, Joe Biden a appelé Emmanuel Macron et Angela Merkel pour exprimer cette volonté de travailler ensemble, et son Secrétaire d’État, Antony Blinken, l’a fait -en français- auprès de Jean-Yves Le Drian.

Les premiers signes de changement à Washington concernent surtout le Moyen Orient, où le virage est spectaculaire. La nouvelle administration a gelé les contrats d’armements avec l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis qui feront l’objet d’une « révision ». 

Elle semble aussi bien décidée à relancer la négociation avec l’Iran, ce qui lui vaut l’hostilité d’Israël et de l’Arabie saoudite. Une campagne hostile a ainsi été menée contre la nomination, finalement annoncée hier soir, du « Monsieur Iran » de Joe Biden : Robert Malley, un ancien de l’équipe Obama, aujourd’hui à la tête du think tank International Crisis Group à Bruxelles, accusé d’être trop complaisant avec Téhéran.

La nouvelle administration a également réaffirmé son soutien à la solution à deux États pour Israël et la Palestine, renouant avec une position traditionnelle dont s’était éloigné Donald Trump.

Reste à voir comment ces inflexions de départ vont se traduire en politiques durables. Ca ne fait après tout que huit jours que Joe Biden a remplacé un Donald Trump que le reste du monde était pressé d’oubler...

Contact