Même si elle reste en tête des sondages, la victoire d'Hillary Clinton est loin d'être acquise.

Convention Démocrate le 27 juillet 2016 à Philadelphie
Convention Démocrate le 27 juillet 2016 à Philadelphie © AFP / Li Muzi

Permettez-moi de vous raconter une petite histoire : il se trouve qu'avant cette chronique, j'ai pris soin d'en parler à des amis et des collègues américains new-yorkais, démocrates, universitaires ou journalistes, mais surtout politisés. Bref, le genre d'interlocuteurs absolument pas représentatifs de la population mais qui ont l'avantage d'être politisés et réfléchis. Et à cette simple question : Hillary Clinton va-t-elle l'emporter, tous sans exception m'ont répondu : non, elle va perdre.

En commençant par un argument imparable : elle a, face à elle, un type arrogant, incompétent et lunatique, le genre de type qui embarrasse tout le monde lorsqu'il prend la parole, un rien aviné, dans les banquets de mariage. Or les sondages ne donnent à Hillary Clinton que quelques points d'avance, au mieux. La réalité est même plus grave encore : Hillary Clinton avait presque 20 points d'avance sur Donald Trump il y a quelques semaines, et aujourd'hui elle fait jeu égal avec lui.

Alors que s'est-il passé pendant ces quelques semaines ? Il s'est passé qu'Hillary Clinton a commencé à faire sérieusement campagne contre Trump et les Américains se sont rappelés pourquoi elle avait été battue en 2008 face à un sénateur fraîchement élu, totalement inconnu et sans expérience : Barack Obama ! Hillary Clinton exsude la politique et ses calculs trigonométriques à 3 inconnues si brillants, si intelligents que les Américains – comme beaucoup d'Européens – ont fini par détester. Je vous donne un exemple : le choix de son vice-président.

Tim Kaine remplit toutes les cases qui font de lui le yin dans son yang : il est catholique quand elle est notoirement religieusement indifférente, il parle espagnol, histoire de complaire aux hispanistes, il est compétent au carré, histoire de faire bisquer Trump ; Il est un homme, elle est une femme et surtout il a le charisme d'une huitre fatiguée, histoire de ne surtout pas lui voler la vedette. Tout cela est tellement brillant qu'elle a envoyé le pire des messages : regardez comme je suis plus maligne que tout le monde.

Les Américains ne vont tout de même pas s'arrêter à cet agacement pour choisir entre elle et Donald Trump ! Non bien sûr, et elle reste malgré tout la favorite. Mais on ne mesure pas assez de ce côté-ci de l'Atlantique son impopularité, le fait, par exemple, que les Américains ne veulent plus de ce match de trente ans qui opposent les Bush aux Clinton. Ensuite, elle n'est absolument pas à l'abri d'un autre scandale, un de plus. Unes de ces affaires retorses, épuisantes, où il est impossible de démêler le vrai du faux et dont les Clinton, mari et femme, ont le secret.

Enfin, on oublie toujours que l'élection présidentielle américaine est une élection indirecte : à la fin, c'est un collège électorale de 538 grands électeurs qui choisiront le ou la futur(e) président ou présidente des Etats-Unis. Or un Etat américain, ça peut se gagner avec quelques milliers de voix. Une mécanique qui favorise les Etats blancs et le vote masculin : pile celui de Donald Trump. En clair, l'oncle aviné et embarrassant pourrait se retrouver en novembre à la Maison-Blanche.

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