La victoire d'Egan Bernal sur le Tour de France a un effet cathartique pour ce pays de 50 millions d'habitants qui a soif de reconnaissance internationale. Et qui mérite mieux que son image galvaudée de pays ravagé par la violence et le narcotrafic.

La Colombie mérite son héros
La Colombie mérite son héros © AFP / ANNE-CHRISTINE POUJOULAT

La Colombie exulte avec cette victoire d'Egan Bernal sur le Tour de France...Or la Colombie avait besoin de ce moment d'extase collectif pour marquer son retour en grâce international. Parce qu'il s'agit aussi de cela pour ce pays maltraité pendant des années par la presse internationale, un pays allié indéfectible des Etats-Unis – donc suspect pour beaucoup -, un pays marqué le narcotrafic, les guérillas marxistes et les paramilitaires.

On a oublié que ce pays était aussi un des plus avancés socialement d'Amérique latine – avec un système de sécurité sociale universel et de bonne qualité, des programmes de logement sociaux particulièrement solides et même un système d'assurance chômage.

Ce n'est pas le paradis, entendons-nous bien : un cinquième de la population colombienne vit sous le seuil de pauvreté et 10% est au chômage. Mais le niveau de vie moyen des Colombiens est aujourd'hui comparable à celui d'un pays d'Europe de l'Est (Pologne, Tchéquie ou Hongrie).

Le contraste est frappant avec le voisin vénézuélien...

C'est un renversement historique incroyable : il faut savoir que les deux pays sont largement comparable en termes de population et d'histoire. Il ont même été unis pendant une courte période, au XIXe siècle, au sein de la « Grande Colombie ».

Seulement voilà, la chance a été du côté des Vénézuéliens qui possèdent les premières réserves mondiales de pétrole devant l'Arabie saoudite. Des millions de Colombiens ont alors traversé la frontière pour profiter du boom économique vénézuélien.

La richesse et aussi la liberté était du côté vénézuélien pendant que le voisin colombien s'enfonçait dans « la violencia », la violence politique des années 50 à 70 du siècle dernier, qui a notamment abouti à la persistance de guérillas marxistes : FARC et ELN.

Aujourd'hui, c'est l'inverse : un million de Vénézuéliens ont fui en Colombie les pénuries alimentaires et une des pires crises économiques de l'histoire. Sans parler des réfugiés politiques qui ont afflué côté colombiens, fuyant la violence politique cette fois.

Une violence persistante liée au narco-trafic

Côté vénézuélien on parle « d'épidémie de violence » meurtrière : plus de 23 000 assassinats en 2018 ! Alors certes, côté colombien on a dénombré 317 leaders sociaux – militants écologistes ou politiques – assassinés en 15 mois, depuis janvier 2018.

C'est simple : 4 500 personnes sont actuellement protégées par la police colombienne, parce que menacées de mort. Mais lorsqu'on regarde dans le détail, il s'agit pour l'essentiel de personnes intégrant de Plan national de substitution des cultures illicites.

En fait, les Narcos tuent ceux qui s'opposent à leurs énormes plantations de coca : plus de 200 000 ha, en constante augmentation. La Colombie a donc bien un problème de violence, mais classique, lié à une narco-criminalité bien installée dans le paysage.

La violence politique, elle aussi persiste, mais a des niveaux incomparables avec ceux des années 80 à 2000. De plus, la Colombie a entamé un processus politique de réconciliation qui a valu à l'ancien président Santos un prix Nobel de la Paix.

Un processus qui menaçait d'être annulé par le nouveau président Ivan Duque, partisan de la « mano dura », du « poing sur la table ». Il n'en a rien été pour le moment : l'essentiel de l'accord est maintenu et le président se concentra sur l'économie.

Dernière chose : la Colombie est désormais, avec ses quasi 50 millions d'habitants, le 2e pays hispanophone au monde, derrière le Mexique, mais devant l'Espagne. C'est une revanche de l'Histoire symbolique particulièrement importante pour la Colombie.

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